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Mauritanie - nouakchott


de Africateam, 16-03-2006

En Mauritanie


lundi 13 mars 2006, 6125 kms


Une journée géniale qui est quelque peut gâchée par le stress de notre réparation de fortune sur les raccords de réservoir. Le gazoil coule, légèrement mais coule quand même sous la voiture, pas grand-chose à l’arrêt, ca sent mauvais et ça peut être dangereux. Mais en roulant ça coule plus fort, et l’aiguille de la jauge descend beaucoup plus vite que d’habitude. Donc en l’état, rien de dramatique, ça roule toujours, mais combien de temps. Alors on hésite sur la suite du programme parce que voilà : on est arrivé en Mauritanie en fin d’après midi, après avoir quitté ce matin Dakhla et notre auberge belge (un peu espagnole dans l’esprit…). Et pour notre programme en Mauritanie, c’est à dire le désert de dunes ou le parc national du Banc d’Arguin, on ne peut pas trop se permettre de tomber en rade. En tout cas, c’est une journée incroyable parce que cette entrée en Mauritanie nous fait découvrir un nouvelle Afrique déjà très différente du Maroc et du Sahara Occidental. Le passage de la frontière se fait un peu avant Nouadhibou, au Nord Est du Pays. Le goudron s’arrête net après la frontière Marocaine. On traverse alors un no man’s land de 3 km de pistes ensablées (on en profite pour cacher nos devises étrangères, marocaines parce que c’est interdit, et euros parce qu’ils pourraient nous les piquer…), pour arriver sur les 3 postes contrôles mauritanien (Gendarme, Police, et Douanes). Le douanier me demande 10 euros de bakchich juste après avoir rempli le carnet de passage en douane, mais au même moment, une horde de 4x4 officiels arrive en trombe et traverse le passage, c’est le ministre du tourisme qui vient visiter le poste de frontière. Le douanier ne demande pas son reste, j’en profite donc pour m’éclipser. Avant de redémarrer un mec vient me voir et se présente comme Momo, l’aubergiste, LE momo, celui que tout le monde connaît en Mauritanie. Il me demande si on peut le raccompagner jusqu’à Nouadhibou, parce qu’il vient de raccompagner quelques 4x4 français à la frontière. C’est donc à priori un guide, mais on accepte de la ramener puisque pou l’instant ça ne coûte rien. Sur la route, il nous simplifie bien les choses, puisqu’à chaque contrôle de police, il fait un signe de la main aux policiers et on peut repartir illico ! Il nous parle de son business de voitures, ramenées d’Europe et revendues assez cher ici. Un trafic normalement illégal, mais toléré par les douanes qui se font du beurre au passage. En arrivant à Nouhadibou, il nous faut du change pour avoir des devises locales, et ensuite s’acheter une assurance de voiture, la carte verte se terminant au Maroc. Momo nous conduit chez un bureau de change chez qui il a l’habitude d’aller mais le taux ne nous satisfait pas, on ne veux pas payer la commission de momo, donc ce dernier est contraint de nous emmener dans un autre bureau où le taux est plus favorable mais pas parfait. Nos 60 000 ouguiyas en poche (200 euros), on se dirige vers l’assureur, on tape à la porte d’un petit bouiboui qui ressemble à tout sauf à un agent d’assurance, forcément c’est la maison de l’agent, mais il dort pour l’instant (il est 18h) il faudra repasser tout à l’heure. On repasse donc et le copain de momo sort, à moitié débrailler de sa chambre, enfile ses tongs et nous rempli les papiers d’assurance. Attention, c’est tout à fait officiel, il travaille pour AGN, et pas de négociation possible, les tarifs sont imposés par l’état selon la puissance de la voiture. Il nous en coûtera donc 15 euros pour 10 jours d’assurance responsabilité civile. Et c’est une sécurité importante vu le bordel énorme de la circulation. On file ensuite visité l’auberge de Momo, on s’y installe même vu que l’endroit est sympa. On se sent un peu dans un bidonville mais toute la ville à l’air comme ça, il y a quand même 100.000 habitants et ca grouille de partout. Les chèvres squattent partout dans la ville (leurs cris se mêlent aux appels à la prière), une route principale mais l’intérieur des quartiers est en piste. Les maisons sont parfois réduites au strict minimum. Physiquement, les gens sont entre les sénégalais et les marocains. Mais il y a aussi beaucoup de sénégalais qui sont venu ici pour le business vu que les administrations sont plus flexibles, enfin, pas sur tout apparemment, il parait qu’on emprisonne pour pas grand chose ici. On a l’impression de rentrer dans la véritable Afrique tellement c’est plus pauvre et authentique que le Maroc. A côté, le Maroc parait zen, civilisé, simple accueillant. Et ça promet, le gardien de l’auberge qui dort devant notre voiture (qui est un jeune guinéen de 22 ans avec qui j’ai récupéré de la nourriture lyophilisé qu’il a récupéré d’un motard anglais qui a du rentré en catastrophe chez lui après un accident, contre 1 CD de rap américain et 2 cachets de paracétamol), nous affirme que c’est bien calme et sûr ici, par rapport au reste de l’Afrique de l’ouest. Ce n’est pas le premier a me demander du paraétamol. Les policiers en demande souvent. Le fait de travailler dans une chaleur importante et de ne jamais boire suffisamment leur créer de forte migraines.
Donc la transition se fait petit à petit, on quitte un Maroc vraiment sympa et dépaysant pour les occidentaux que nous sommes, mais aujourd’hui on rentre plus profondément dans l’Afrique et c’est assez impressionnant. On risque, et c’est tant mieux, d’avoir souvent cette impression vu que l’Afrique présente vraiment des visages très différents selon les endroits. La balade dans la ville au coucher du soleil nous prend aux tripes. On dîne sur la petite terrasse de l’auberge en discutant avec un pécheur français qui vit de ses propres petites pêches. Bertrand est un peu malade, depuis 2 jours, il ne se sent pas bien, il faudra s’assurer qu’il n’y a rien de plus qu’une tourista. Les nombreux thés à la menthe (et le stress de cette foutu pompe à gazoil) m’empêchent un peu de trouver le sommeil alors j’écoute la vie nocturne qui se déroule sous les fenêtres.







Mardi 14 mars 2006, 6522 Kms

Malgrè la chaleur presque étouffante au coucher, la nuit à l’auberge a été réparatrice. Pour Alex qui a enfin pu trouver le sommeil, et pour moi qui ai réussi à me débarrasser de cette saleté de tourista qui me tenait depuis le sud Maroc. On dit que c’est un passage obligatoire…
On profite de la matinée pour régler deux-trois trucs en ville et surtout s’imprégner de l’atmosphère de Nouadhibou. On a laissé le Def à l’auberge, car avec le chaos de la circulation, il n’est pas vraiment à son aise, et surtout il attire beaucoup les regards. Et même en l’absence du Def, on se sent observé en ville. Il n’y a pas d’agressivité dans le regard, mais on est loin de l’accueil très chaleureux des marocains.
Pour vérifier que nous nous sommes bien faits avoir sur le taux de change, nous passons à la banque. Qui nous confirme que nous avons perdu quelques euros dans la transaction. Rien de méchant. Dans la banque l’organisation ressemble au trafic dans les rues de Nouadhibou. Les gens arrivent de partout, on se fait doubler, il faut jouer des coudes pour avoir droit au guichet. Un jeune Mauritanien, en mauvaise santé, profite de notre présence dans la banque pour y rentrer et venir nous demander une pièce. Ce gamin, habillé avec des loques, qui tend la main dans une banque, le contraste est saisissant...
Nous quittons Nouadhibou après avoir échangé nos derniers Dirhams au black (c’est interdit d’avoir des Dirhams en Mauritanie), et prenons la route du parc national du banc d’Arguin.
La chaleur dans la voiture atteint des nouveaux records. Il fait à peu près 40° dans le Def au plus fort de la journée. Mirages, soif, mais aussi front qui brille et carte d’Italie dans le dos, on sent bien que nous ne sommes pas encore aussi bien habitués que les touaregs à la vie dans le désert. Nous sommes aussi obligés de faire des pauses régulières, pour aller chercher une bouteille d’eau fraîche dans le frigo et reposer le Def. Nous rencontrons des américains qui sont arrêtés sur la bord de la route à cause d’un problème technique sur leur toyota. Comme Toyota et Land Rover ne font pas bon ménage (il n’y a pas de pièces communes), nous ne pouvons les dépanner, mais en profitons pour discuter, et expliquer nos projets communs. Eux travaillent pour une ONG internationale en tant qu’enseignants à Nouadhibou.
Nous arrivons en fin de journée à l’entrée du parc national du banc d’Arguin, qui est en fait une immense réserve naturelle pour oiseaux, sur la côte ouest de la Mauritanie. Nous étions un peu hésitants ce matin à l’idée de passer deux jours dans ce parc, quand les officiels du bureau du parc à Nouadhibou téléphonaient devant nous pour savoir si les 2 oiseaux retrouvés morts dans le parc avaient succombé de la grippe aviaire ou non. En quelques secondes ils recevaient une confirmation par radio que la cause du décès est autre. Vérité, ou besoin de rassurer les touristes…Trop excités, nous avions opté pour la première option. Le parc, qui fait 12000 m², est si grand que de l’entrée au lieu de campement, il y a près de 40 kms de conduite sur piste très sablonneuses, occasion pour nous et le Def de vraiment jouer de la dune pour la première fois. En essayant d’en passer une pour le fun, on s’ensable. Mais la technique commence à rentrer, et en quelques minutes nous sommes sortis d’affaire.
Après 2 heures de pistes techniques et amusantes, nous arrivons devant l’océan atlantique. Nous posons nos sacs de scout ce soir devant l’eau, les pieds sur du sable très clair. Et la lumière de la pleine lune sur ce sable laisse croire qu’un tapis de neige s’est posé autour de nous.


mercredi 15 mars 2006, 6710kms,

Le Parc national du banc d’Arguin est plutôt désertique, mais la côte n’est pas du tout rectiligne et forme une grande quantité de petits lagons, de presqu’îles et d’îles. Ces zones permettent à de nombreuses espèces d’oiseaux de s’abriter. Donc c’est finalement assez étrange de voir une faune assez riche dans ce milieu désertique. En roulant à travers le parc, on croise donc des flamants roses, des pélicans, des centaines de crabes violonistes (avec 1 seule et énorme pince). Sur les trois postes de contrôle du Parc, le premier ce matin ne se passe pas bien du tout, le mec essaye de nous escroquer, barre notre droit d’accès et dit qu’il prévient par radio ses collègues. Au deuxième à midi, le gars est impeccable, sympa et souriant, puis avec son collègue, se met dans l’ouverture de notre porte et scrute tout l’intérieur du def. On ne peut pas fermer les portes, ils les bloquent avec leurs pieds. On insiste : « non, on a pas de cadeaux, rien à vendre, ….. » ils sont déçus mais nous laissent partir. Au troisième en fin d’après midi, le gars est toujours impeccable mais cette fois ci, c’est une quinzaine d’enfant entre 5 et 10 ans qui viennent me demander des choses. Ils sont d’une incroyable agressivité, ils montent sur la voiture, me font des signes comme s’il voulaient me tuer avec un pistolet, crachent, et en même temps demandent à manger, boire et des cadeaux. Je les surveille dans tous les rétros et regarde en même temps ce que fait le garde. En sortant de son bureau, je le vois ramasser une pierre par terre comme s’il allait leur jeter dessus pour les faire fuir…étrange. Chacun de ces postes de contrôles se situe dans un minuscule village de moins de cinquante personnes. Mais attention, on est loin du mignon petit village africain, on se croirait plutôt chez des réfugiés sans logis, ils vivent de leur pêche et de leur trois biquettes, au milieu de leur détritus et de ce que ramène la mer. Une pauvreté extrême, impressionnante. En parlant de réfugiés, on entend souvent en ce moment parler de barques remplies d’immigrés partant sur l’océan atlantique pour rejoindre l’Europe. La majorité finit échoué avec tout l’équipage mort noyé. Quelque jours auparavant, on dînait à l’auberge du belge avec la femme d’un colonel marocain qui patrouille souvent sur l‘eau pour contrôler les passages et qui venait le jour même de repêcher plusieurs cadavres.
Revenons à des choses plus fun, on s’arrête vers midi devant un lagon pour se baigner, puis on reprend la route. Pour arriver à Nouakchott depuis la sortie du parc, on roule sur 40 kilomètres de plages de sable blanc, en évitant les vagues pour ne pas saler le châssis, on croise pas mal de pêcheurs. Les dunes à côté de la plage sont tellement magnifiques qu’on hésite à y passer la nuit. Le problème étant que la marée de demain pourrait peut être nous bloquer. On craque finalement et on s’engage dans ces belles dunes oranges. Heureusement les pneus sont dégonflés sinon on ne pourrait pas avancer. L’endroit est magique. Malheureusement, une petite tempête de sable se lève, remplissant le def de kilo de poussières, et nous obligeant à cuisiner à l’intérieur. On a même en permanence du sable dans la bouche qui craque sous les dents. Le vent est tel qu’il commence même à recouvrir les roues du def, on espère ne pas être recouvert demain matin…

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