
mardi 7 mars 2006, 4142 kms Nous quittons Marrakech pour la côte, direction Essaouira. Nous sommes arrêtés sur la route pour excès de vitesse. Le policier nous affirme qu’avec ses jumelles, ils nous a vu rouler à 69 km/h, il nous montre même l’enregistrement, eyt demande donc de payer expressement les 400 dihrams d’amende (soit 40 euros). On lui explique alors que, compte tenu du panneau de limitation de vitesse « 80 km/h », on est tout à fait dans les règles…. Son collègue nous dit alors qu’on peut reprendre notre route… Le petit port d’essaouira est un petit coup de cœur tant sa visite est agréable. La ville est réputée pour sa vieille medina aux ruelles étroites, ses murs blancs sur fonds d’océan et de ciel bleu, son port très animé et très coloré. L’interieur de la médina est devenu un petit marrakech pour les souk et l’affluence touristique. Mais les gens y sont définitivement plus calme et détendu. En grimpant sur les remparts, on aperçoit la côte marocaine longeant un océan atlantique assez agité par le vent. Ca me donne une idée. Après un déjeuner assis sur le quai du port, on file à la sortie de la ville chez le premier surfshop. Je lui loue du materiel de planche dernier cri (d’ailleurs ses tarifs sont plus chers quand france), et c’est parti pour 2 heures de planche mémorable dans un vent de force 6. Faire de la planche à Essaouira, c’est comme piloter sur le circuit de Spa Francorchamps, ou comme…. enfin bref, c’est top. Un autre français qui planche avec moi, me propose de rester un peu dans le ryad qu’il vient d’acheter. Après cette petite séance de sport, on reprend le def pour longer la plage vers le sud et trouver un bushcamp pour ce soir. On s’installe devant la plage de Sidi kaouki, non loin d’un poste de la Gendarmerie Royale. La préparation du dîner est un peu sport aussi puisqu’il faudra se battre avec plusieurs les chiens errants rachitiques et malades qui sont près à n’importe quoi pour un semblant de nourriture. On prend ca comme un entraînement avant les charognards plus voraces ! Mercredi 8 mars 2006, 4509 kms C’est dans des conditions assez extraordinaires que je dois écrire ce journal de bord ce soir. Avec Alex on en a fait des plans sauvages, où on posait notre tente un peu n’importe où, que ce soit à l’époque de la 4L quand nous parcourions les routes d’Europe, ou depuis que nous avons notre beau Def. Ce soir c’est un peu comme si nous bivouaquions dans le ciel, ou dans la mer… Nous nous sommes échoués à la pointe d’une falaise, avec devant nous l’Atlantique, rien que l’Atlantique, et surtout pas âme qui vive à des kilomètres. Le ciel est pur ce soir, avec la musique, une température idéale mais aussi une bonne bouteille de vin, on se sent comme des privilégiés, choisis parmi des milliers, pour profiter de ce genre de moments divins. Notre seul regret est de ne pas pouvoir partager ces moments avec d’autres personnes… La journée a été longue, la nuit aussi. Les chiens errants qui traînaient par dizaine hier soir autour de la voiture ont aboyé toute la nuit pour nous empêcher de trouver le sommeil. Le réveil fut donc assez matinal et nous avons pris la route d’Agadir. C’est une ville devenue moderne et sans charme après qu’elle fut détruite presque totalement par un tremblement de terre dans les années 60. Elle attire trop de touristes, venant parfois des émirats arabes, pour profiter de son ensoleillement record. Nous ne nous arrêtons pas et filons plus au sud en empruntant des routes plus reculées, plus propices au Def. Dans un petit village appelé Tanamar nous réparons notre marchepied. Au moins 5 mécanos marocains s’affairent à l’arrière du Def pour réparer la pièce. Ils ont l’air surmotivés, comme s’ils passaient un examen….où ils obtiendraient sûrement la meilleure note. Ils nous épatent par leur ingéniosité pour faire l’opération que nous n’avions pas réussi à faire nous-mêmes. Au fur et à mesure des kilomètres on se rend compte que l’on s’éloigne des grandes villes, mais surtout des grands espaces verts plus au Nord au Maroc. C’est la transition avant d’attaquer le grand sud, sec et continu, mais tellement fascinant. C’est sous les étoiles et dans le plus beau des camping sauvages que s’endort ce soir l’Africateam. jeudi 9 mars 2006, 4647 kms On peut dire qu’on a définitivement quitté le monde civilisé et touristique. Cela fait deux jours que nous sommes en autonomie. On se réveil sur notre magnifique falaise au dessus des vagues de l’atlantiques pour reprendre notre chemins vers le Fort Bou Jerif, en passant par les montagnes de l’anti-atlas. Les pistes sont difficiles mais magnifiques, un mélange de désert et de prairies vertes sur flan de petites montagnes. Mais c’est un véritable labyrinthe, alors qu’il n’y a qu’une piste sur notre carte, les chemins et les croisements se multiplient devant nous. On jardine pendant une petite heure, puis demandons à un petit garçon qui dormait à côté de ses biquettes de nous indiquer le chemin. Malheureusement, il ne sait ni lire ni écrire (donc la carte ne nous aide pas) et ne parle qu’un arabe incompréhensible. Une demi-heure plus tard, nous tombons finalement sur ce fameux fort. En soit rien de spectaculaire, on ne trouve que les murs d’une forteresse abandonné mais le décor est superbe, un terrain de jeu parfait pour le def. A plusieurs reprises, on doit tout les deux descendre de la voiture, marcher plusieurs minutes et chercher la « passe » au milieu de ce terrain accidentée par les oueds, les roches et la végétation. En dépassant ces ruines, on aperçoit alors quelques camping cars, arrivés par la route goudronnée qui vient par l’intérieure des terres, autour d’un petit complexe touristique à la marocaine avec des bâtiments récents mais dans un style très typique, et entourés de véritables fausses tentes berbères... Juste le temps de demander notre chemin pour la suite à l’aubergiste et nous repartons, direction les Plages Blanches !!! Quelques kilomètres de pistes puis d’une route goudronnée toute neuve pour favoriser l’accès à cet endroit superbe, et nous voilà devant les fameuses plages blanches. Sur des dizaines de kilomètres rectilignes, l’océan atlantique se retire laissant place à un passage d’une trentaine de mètre (dépendant de la marrée) de sable mouillée entre les immenses dunes infranchissables à gauche (à l’est) et l’ocean sur notre droite (à l’ouest). Il faut par contre faire très attention à ne pas se faire coincer par la marrée pendant la traversée. Donc pas le droit à l’erreur. On se renseigne auprès de quelques marocains traînant dans le coin. Les avis divergent… mais celui qui habite dans le coin nous dit que c’est bon si on part tout de suite ! Alors c’est parti, on dégonfle tous nos pneus pour améliorer la motricité, on enclenche le blocage de différentiel central et les vitesses courtes, et c’est parti pour un run d’enfer à fond sur le sable mouillé. Le sable absorbe la puissance, donc on dépasse difficilement les 90kmh, mais déjà à cette vitesse là c’est très impressionnant. Les mouettes s’envolent devant nous, on évite quelques vagues. 26 kilomètres plus tard, on tombe sur une première sortie possible, on préfère assurer donc on quitte la plage mais le seul chemin est en fait le lit d’un oued qui n’est pas complètement asséché. On roule alors vers l’intérieure des terres en crapahutant dans ce décor de rêve, traversant quelques passages de gués de temps à autres. Mais cet oued n’en finit pas, la vraie piste ne se montre pas, on se pose sur le sec pour regonfler tous les pneus. Le tuyau d’air éclate pendant la manipulation, sans doute à cause des températures trop élevées. Une petite réparation de fortune et nous voilà repartis dans le lit de l’oued. Le sol semblait jusque là assez porteur mais d’un seul coup, le def ralentit, les roues s’enfonce, impossible de maintenir le vitesse. Le def est alors complètement enlisé dans une boue mouvante et collante, cachée en surface par un léger dépôt de sable. Après plusieurs tentatives, rien ne s’arrange, ça s’empire même, puisque les dessous du def touchent la voiture, le def n’est plus porté par ses roues. En fait il est posé sur le réservoir ainsi que le pont arrière. Il faudra alors sortir la plus part des affaires lourdes, lever l’avant et l’arrière du def à l’aide du crick pour poser des grosses pierres, puis les plaques de désensablage sous les roues. Finalement, au bout de deux heures de dur labeur dans la boue, le def arrive à regagner un sol plus dur et sortir de la zone délicate. Compte tenu du temps perdu dans cette aventure, il nous faut nous installer un bivouac 20 mètres plus loin sur un sol plat, avant la tombée de la nuit. Pour se remonter le moral, on récolte quelques branchages morts dans ce désert pour s’allumer un feu bien agréable pour sécher nos affaires trempées par l’eau et la boue. L’apéro qui s’en suit est vraiment magique, une sensation unique que d’être enfin au chaud, à se détendre devant un feu, à l’abri du vent grâce au def, au milieu de ce paysage désertique. Vendredi 10 Mars 2006, 5137 Kms Notre combat de boue de la veille avec le Def, digne d’un Camel Trophy, nous a bien épuisé, et la nuit fut donc bonne et longue. Par « longue » il faut comprendre qu’on s’est autorisé à dormir jusque 07h30…Au réveil il faut reprendre la route, ou plutôt la piste puisqu’on ne sait pas exactement où on est et où on doit aller. Après 2h de « jardinage » comme on dit dans le jargon, à essayer de trouver une piste, un peu stressé il faut le dire, on finit par retrouver une piste, qui mène à une grosse piste, puis une route, puis le goudron ! Ouf, ç’est bon de retrouver un chemin solide. Il faut pour nous rattraper le temps que l’on a perdu dans notre bourbier et nous filons vers le sud. Nous prenons pour cela la route principale qui passe par Tan-Tan, Tarfaya et Laayoune. C’est aux environs de cette dernière que nous quittons le Maroc pour entrer dans le Sahara occidental. C’est une zone que marocains et espagnols se sont disputés pendant longtemps. C’est ensuite le front Polisario qui l’a disputé au Maroc pendant des années. Depuis peu on peut le traverser en toute sécurité, sans obligation d’être escorté par un convoi militaire. Ce qui n’empêche pas d’avoir une impressionnante présence de l’armée, qui assure la stabilité dans la région. Les militaires, qui roulent souvent en Def, nous arrêtent à plusieurs reprises, et nous posent toujours les mêmes questions « D’où tu viens en France, Qu’est ce que tu fais comme métier, qu’est ce que tu fais comme étude, première fois au Maroc… » Ils aiment bien les français et nous causent toujours avec un grand sourire. L’approche est vraiment différente qu’avec notre bonne gendarmerie nationale, puisqu’ici un contrôle commence souvent par une franche poignée de mains ! La route qui part de Tan-Tan et file jusque Nouadhibou en Mauritanie est vraiment mythique. D’abord parce que c’est la route obligatoire de tous les voyageurs qui veulent filer vers la Mauritanie, elle est donc connue et tous les récits de voyage en font mention. Elle est aussi magique parce que ces 1500 kms se font entre mer et désert. A l’ouest (ou à gauche de la route) on voit des cailloux et des dunes. Ce sont les dunes du Sahara, qui s’étendent en fait jusqu ‘en Egypte ! A droite de la route, on a une vue sur l’Atlantique, les falaises, les épaves rouillées de chalutiers que personne ne ramasse et les petites baraques de pêcheurs, perchées en haut des falaises ou posées sur la plage. On se demande comment ces pêcheurs peuvent vivre dans des endroits aussi perdus, balayés en permanence par des vents forts. Le gasoil est moins cher qu’au Maroc (0,45€ /l) et nous en profitons pour mettre quelques litres dans une station, qui fait aussi office de restau et de mosquée… Nous posons ce soir le Def sur la plage et prenons l’apéro devant un troupeau sauvage de 21 dromadaires qui viennent brouter à une trentaine de mètres de nous. Samedi 11 mars 2006, ???? kms Mamamilla !!! Encore une journée de fou. Cette nuit, le fort vent de mère s’est calmé, donc on a pu dormir correctement, mais réveil tôt pour affronter cette longue journée de route. Et c’est reparti comme hier, pendant des kilomètres et des kilomètres de route au milieu du désert. De temps en temps, une station service avec un patrouille de police qui nous demande des fiches de renseignements. On tente d’atteindre Dakhla, pour une seule raison, l’Auberge du Belge dont on nous a tant parlé avant de venir. On ne sait pas trop ce qu’on va y trouver, mais on est bien décidé à aller boire une bière fraîche (étant donné qu’on a épuisé nos stock en prévision du passage de douane avec la Mauritanie où l’alcool est interdit). Dakhla est une presqu’ile d’environ 50km de long dans l’océan atlantique. En arrivant à l’entrée de cette presqu’ile, on est effaré par la beauté des lieux, la baie intérieure est d’un bleu magnifique, tout plat, mais très venté, un spot de planche parfait. On continue jusqu’au bout de cette presqu’île où se trouve la ville même de dakhla, et on se rend vite compte à quel point cet endroit et en pleine croissance. On comprendra plus tard pourquoi. En tout, on circule dans la ville une vingtaine de minute sans trouver aucune Auberge du belge, donc on repart pour voir si on a pas loupé quelque chose sur le chemin de l’allée. On signale au barrage de police à l’entrée de la ville qu’on repart parce qu’on a pas trouvé ce qu’on cherchait. Je redémarre, mais le policier crie derrière moi et me demande de m’arrêter, je regarde dans mon rétro, et vois sortir un type d’un Land Cruiser récent, il vient jusqu’à ma porte avec un grand sourire. Vous cherchez l’auberge du belge ? Vous l’avez trouvé, bienvenu, suivez moi ! Donc demi tour direction la fameuse Auberge. On arrive alors devant une sorte de ryad avec restaurant en front de mer où nous accueillent donc Fatia et Jean-pierre, les « aubergistes belges », ils nous apprennent alors qu’ils nous attendaient, étant donné que Bernard ( de Land Rover Tournai, pour ceux qui ne suivent pas…) les avait prévenu de notre arrivée. Et encore mieux, Jean-Pierre, dans son dernier aller-retour en Belgique nous a rapporté une pompe à gazoil (que Bernard lui a transmis à notre attention), la notre étant à l’agonie et très difficile à trouver sur place. C’est dingue, c’est la belge connection ! Et ça ne s’arrête pas là, Jean-Pierre nous invite à passer quelques jours dans son auberge pour se reposer, découvrir le coin, prendre le temps de bricoler le def, mette à jour le site, bref un peu tout. Ne perdant pas le nord, je demande à Jean-Pïerre s’il pense que je peux trouver un surf shop pour louer du matos de planche. Il me dit : « Bien sûr, bouge pas j’appelle mon ami Rachid ». Ce dernier tient un petit business de location de planche, kitesurf, quad, et camping dans tentes berbère à l’entrée de la presqu’île. Jean-pierre nous y emmène avec son Landcruiser, et nous parle déjà du coin, en nous montrant deux trois truc sympa, comme les zones de sables mouvant à éviter près de pistes, la zone pour faire de la pêche aux gros en haut des falaises, la chasses aux gibiers dans le désert,… plein de truc qui on l’air top. On arrive sur le spot, deux trois négociations sur place (le prix annoncé est un peu éxagéré 350 dihrams soit 35 euros pour une heure). Peu importe, compte tenu des circonstances, j’aurai même payé plus pour faire de la planche ici. Pendant une heure non stop, je tire des bords d’un bout à l’autre de la baie, bertrand se baigne pas loin. Je rends le matériel un peu sur ma faim mais je n’ai pas le choix, il est 18H et la nuit tombe très vite. Au moment de payer, la femme de rachid (une belge d’ailleurs…) me dit que comme elle ne connaît pas bien les tarifs, et en l’absence de son mari, on verra une autre fois pour le règlement. On rentre donc à l’auberge, Jean-Pierre nous installe dans un confort qu’on ne connaissait plus depuis longtemps, dans l’étage privé de l’auberge. Après une bonne douche, on a le droit aux huitres (du coin), entrocôtes (de l’élevage d’àcôté), vins (de Gérard Depardieu), dessert (fait maison par Fatia qui est chef des cuisines de l’auberge), pâtisserie marocaine (nos premières en fait, un délice)… bref la totale, un festin ! A la table, un ami de Jean-Pierre nous a rejoint, Mohktar. C’est un marocain, qui bosse dans le business de la pêche, énorme business ici. Dakhla est d’ailleurs en train de devenir un port majeur dans le business international du poisson. La société de Mohktar, spécialisée dans trois poissons, emploie aujourd’hui 1500 personnes et si j’ai bien compris 2800 à la fin du projet. Il vend partout dans le monde, et pendant qu’il nous parle, répond au téléphone avec son oreillette, en espagnole, arabe, français, ou autre s’il fallait. (Il a suivi une formation d’architecte à Bruxelles). Pour l’anecdote, il est à l’origine de l’introduction de la Perche du Nil au Lac Victoria, ce qui lui vaudra le titre d’investisseurs de l’année (mais je ne sais pas par qui). Ceux qui ont vu le film « Le cauchemar de Darwin » comprendront… S’en suit une indescriptible discussion, mélange de conseils sur l’Afrique (Jean Pierre et Mohktar connaissent très bien l’Afrique), de philosophie saharienne, de politique internationale, de valeur intrinsèquement humaine, et surtout le point sur la situation de Dakhla qui est apparemment en plein boom, the place to be pour expats investisseurs. En tout cas, mélangez l’hospitalité belge et marocaine et vous obtenez un truc assez fou ! Dimanche 12 mars 2006 Il est 07h, euh…plutôt 9h ce matin quand on se décide à émerger. Dormir dans un vrai lit fait qu’on retrouve de vieilles habitudes…Après un petit-dej royal, on part avec Mustafah (un membre de la famille de Fatiah) à la recherche d’un mécano pour monter la nouvelle pompe à gasoil. Mus’ nous présente Aziz, le mécano qui va nous aider et qui travaille dans un bon boui-boui à la marocaine. De 11h à 16h, on va passer 5 heures dans le cagnard à démonter le réservoir, l’ancienne pompe, remettre la nouvelle, et surtout passer du temps à réparer une petite pièce qui a été cassée au démontage…Les réparations à l’africaine ça a du bon parce qu’il y a toujours une solution au problème, quelque soient les moyens, mais on ne sait jamais combien de temps ça va tenir…Du coup on ressort soulagé de cette longue séance de mécanique, mais on reste un peu douteux sur les raccordements qui ont été faits. Inch Allah ! Nous prenons le reste de la journée pour nous reposer, manger plus qu’à notre faim, faire des lessives; et se préparer pour la Mauritanie. |