
mardi 26 septembre 2006, 29004kms Le muezzin qui ne s’arrête jamais (les 35% de musulmans sont beaucoup plus bruyant que les 45% de chrétiens), la pluie sur le toit, les chiens errants qui aboient, et nos maux de ventres à cause de la viande d’hier soir, bref pleins de raisons de se réveiller assez tôt. Les ascaris (gardiens) viennent nous assurer qu’ils ont veillé toute la nuit autour de la voiture. Je pars chez la boulangère en face de la rue, ou plutôt les 5 copines boulangères qui me font toujours un accueil très chaleureux quand je viens dépenser près de 10 centimes d’euro pour le petit dej. Sans perdre de temps, on traverse Addis pour être les premiers à l’ambassade saoudienne. En arrivant, on nous dit de revenir plus tard sans raison, on revient donc 20 minutes plus tard, on fait la queue pour rentrer, les seuls blancs, les seuls non musulmans, seuls blonds, seuls sans rien sur la tête, bref, repéré par tous. Mais là encore, on nous demande de sortir de la queue et de revenir plus tard. On revient 20 minutes plus tard, on nous laisse rentrer, on passe au détecteur de métaux, puis on arrive dans une cour où se trouve une cinquantaine de personnes venu chercher leur visas. Ca marche par ordre d’arrivée, c’est pour ça qu’on nous a virer deux fois, pour être définitivement dernier. Chacun doit attendre que son numéro soit appeler, un numéro figurant sur un badge attribué à l’entrée. On ne nous en a pas donné, comme ça, on passe en dernier, et on ne peut jamais dire, C’EST MON TOUR ! Finalement, on n’est même pas les derniers, certaines personnes arrivent encore, mais elles sont servies avant nous. Les gens nous regardent plutôt comme des bêtes curieuses. Plusieurs heures après, on nous demande enfin ce qu’on peut faire pour nous, on explique qu’on est venu chercher un visa de transit. Ils partent avec nos papiers et la lettre de l’ambassade française appuyant notre demande. Ils reviennent ¾ d’heures plus tard, et nous disent : qu’est ce que vous voulez faire en Arabie Saoudite, on explique que c’est juste du transit, pour aller en Jordanie puis rentrer chez nous, ils nous disent de revenir plus tard avec des billets d’avions aller et surtout retour. On explique qu’on est en voiture, pas d’avions, on traverse en VOITURE. Ils se concertent, et nous disent de revenir plus tard avec tous les détails de la voiture. Pas de problème, on les a sur nous, les voici. Ils se concertent, et nous demandent où se trouve notre Visa Jordanien, on explique qu’on le prendra à Khartoum. Ils exigent de connaître notre itinéraire précis, on le donne ville par ville, ils nous demandent de revenir plus tard avec une nouvelle lettre de notre ambassade précisant ville par ville tous les détails de notre itinéraire. On respire un grand coup, on retraverse la ville et tous ces embouteillages pour arriver avant la fermeture de l’ambassade française. Là bas, on nous fait le courrier en 2 minutes, on retraverse la ville, et en arrivant à l’ambassade, on nous demande de revenir plus tard. On part déjeuner, une grosse assiette de crudité, ça faisait longtemps dis donc. On revient à l’ambassade, une centaine de musulmans, hommes/femmes séparés sont agenouillés devant l’ambassade sur un terre plein au milieu de la route, et pris. On rentre, on présente la lettre, ils l’examinent et décide de faire une demande écrite chez eux pour savoir si nous sommes autorisé à « transiter ». Le problème, c’est que nous sommes mardi, donc le mercredi est férié, et l’Arabie Saoudite, forcément ne travaille pas le vendredi, puis ensuite l’2thiopie et en WE. Donc si la réponse ne tombe pas Jeudi, ce qui n’est pas gagné, on n’est pas près d’avoir des nouvelles, et notre visa éthiopien n’est pas non plus éternel. Mais bon, on n’a pas le choix, on leur demande de faire au mieux, on reprend le def qui décidément s’essouffle au dessus de 2000 mètres d’altitude. On tente de revenir à l’ambassade française mais la ville est bloquée à cause de la fête nationale qui à lieu demain. On fait un énorme détour mais on y arrive finalement. On croise le gendarme Humblot qui s’occupe de la sécurité sur le site de l’ambassade de France. Il accepte de nous faire rentrer avec le def dans l’enceinte pour qu’on passe cette nuit et la suivante plus en sécurité. Etant donné la fête qui va avoir lieu demain, il semblerait qu’il ne faille pas trop sortir le bout du nez. Dommage, vu q’on à que ça à faire demain. Je présente mes copines boulangères à Bertrand, obliger d’admettre qu’elles sont fort charmantes. On part dîner dans le quartier. Déjà les minibus klaxonnent et des bras brandissent des drapeaux à travers les fenêtres. On arrive à l’entrée d’un petit boui-boui local qui à l’air à peu près propre. Mais l’entrée est bouchée par une foule autour d’un grand feu. On tente de comprendre mais très vite les petits vieux nous expliquent : c’est la tradition avant la fête nationale, ils nous invitent vivement à reste pour la fête. Bonne ambiance dans le troquet, tout le monde nous dévisage, mais relax, ils sont tranquillement entrain de siroter de la bière ou du tej. On se commande des bières et des sandwichs, tellement pas cher qu’on remet ça plusieurs fois, mais on y va molo sur les sandwichs, la viande à l’air tartare…. Et c’est tellement épicé qu’on en pleure. On rentre de nuit avec plein d’agitations autours mais plein de flics aussi. On rentre avec Lorenz Humblot enfin sur le territoire français. Le domaine fait 43 hectares, c’est une forêt d’eucalyptus et de je ne sais plus quoi qui abrite les habitations d’une grande partie des représentants français dans ce quartier un peu chaud. On nous installe sous les arbres près de la maison de Lorenz. On fait connaissance avec ses mangoustes apprivoisées. Ce soir, on dort en France ! Mercredi 27 septembre 2006, 29004 Kms Une nuit en France, ça requinque ! On se sent un peu chez soi. Et en plus quand le chocolat chaud et les crêpes bretonnes remplacent parfaitement l’Injera le matin, c’est encore mieux. Un grand merci à Laurens et Lorine Humblot qui nous accueillent chez eux au sein de l’ambassade. En plus Laurens est aussi fan de Land. Et il nous fait rencontrer d’autres français d’Addis qui sont aussi passionnés de Land. Nous prenons à l’apéro ce midi avec Pierre, qui vient de remonter une 4L et cherche une vieille Série. Laurens et Lorinne sont adorables, ils nous régalent dans un super resto grec. Nous faisons ensuite la connaissance de Jean-Marc et Valérie. Ils ont presque fait le tour du monde avec leur Def. Jean-Marc nous fait saliver avec ses photos en Islande, Argentine, Australie ou Indonésie. On est des petits joueurs à côté. Quelques petites idées me germe déjà dans la tête… Nous rendons l’appareil à nos hôtes en les emmenant dîner dans un resto arménien,…qu’ils nous avaient conseillé. Nous rentrons à l’ambassade. Laurens nous fait un tour des 43 hectares de l’ambassade (c’est la plus grande ambassade de France à l’étranger, on est pas mal tombés). Ca paraît plus grand que Versailles ! Il y a le parc, le centre hippique, le tennis, les animaux sauvages (une gazelle, des chacals, civets, serpents, grosses tortues…), mais pas de grandes eaux. On entend aussi les hyènes qui remontent la rivière qui s’écoule juste derrière l’enceinte de l’ambassade. Laurens nous gave de journaux de 4x4, nous lisons jusqu’à 1h00 du mat’ ces mags qu’on dévorait pendant notre préparation technique avant de partir pour l’Afrique. Jeudi 28 septembre 2006, 29027kms Dans la file d’attente en face de l’ambassade d’Arabie Saoudite, on rencontre un homme d’une trentaine d’années, qui vient de Djibouti, donc qui parle très bien français. Il nous explique que tous ces gens qui font la queue, cherchent comme lui a obtenir le visa saoudien pour leur pèlerinage à la Mecque. Ca ne nous arrange pas du tout puisque les non musulmans sont encore moins les bienvenus. On rentre dans l’enceinte de l’ambassade, on s’assoit au milieu des autres demandeurs. Un quart d’heure après, le responsable de la section Visa de l’ambassade passe devant nous, Bertrand lui demande s’il a des nouvelles pour nous. Il répond par la négative comme si c’était évident et nous dit de revenir la semaine prochaine. Et bien voilà, les emmerdes de visa commencent, on en avait pas eu énormément jusque là, il fallait bien que ça arrive. On va donc rester plusieurs jours à Addis, le temps de voir si on peut obtenir quelque chose de l’ambassade. Sinon, on devra continuer vers le Soudan et tenter d’obtenir le visa depuis Khartoum. On s’installe alors chez Jean Marc et Valérie (qui sont d’ailleurs d’incroyables voyageurs en land), français installé depuis un an à Addis. Vendredi 29 septembre, 29054 kms Un grand lit n’est pas coutume, nous en profitons donc ce matin jusque 8h15. Nous prenons le petit-dej avec Valérie qui nous emmène ensuite au cercle hippique de l’ambassade de France. On est parti pour une ballade d’une heure dans l’enceinte du parc de l’ambassade. Mais avant, il faut reprendre les bases de l’équitation. Notre randonnée de deux jours au Lesotho n’a pas fait de nous des cavaliers. On nous réexplique les bases : comment faire tourner le cheval, comment l’arrêter, comment assurer un minimum. Un premier tour dans un cirque nous permet de nous habituer à l’animal, et l’animal à nous. Déjà on sent les chevaux plus vifs qu’au Lesotho, ils ne trimballent pas des touristes toute la journée, ne suivent pas à l’aveugle des chemins déjà tracés. Havane, que je monte, a l’air docile. En revanche Alex a un peu plus de mal avec Ganache, qui lui offre même un saut d’obstacle alors qu’Alex ne lui avait rien demandé ! Puis nous partons dans le parc, on enchaîne les petits trots. Le décor est magnifique. Lorsque l’on atteint les limites sud du parc, juché sur le cheval, en train de faire notre petite ballade de luxe, on peut apercevoir le bidonville qui pousse au pied du mur d’enceinte, le contraste est alors saisissant…Les chevaux ont envie de se dégourdir les jambes, et se lancent dans des galops sans qu’on puisse vraiment les retenir. Il faut s’accrocher sur le premier, puis on s’y fait et on en redemande presque. Jusqu’à ce qu’Havane décide de prendre un autre chemin. Je n’arrive pas à l’arrêter, je ne suis pas fier d’avoir aussi peu d’autorité sur le cheval. Les autres me rejoignent vite. Il est temps de rentrer à la base, surtout que la propriétaire d’Havane ne semble pas apprécier qu’on lui ait emprunté son canasson sans lui demander. C’était le cheval de la femme d’un conseiller du consul… Nous déjeunons chez Laurens et Lorin, avec leurs gamins. On se régale des plats préparés par leur cuisinière. Je joue avec le petit Pierre, une vraie terreur à 3 ans. Il veut faire une partie de Mastermind (un jeu de société où il faut être malin), mais juste pour balancer tous les pions dans le salon. Le Def nous réclame de l’attention. On trouve qu’il fait trop de bruits de transmission, nous l’emmenons donc faire un tour dans un petit garage pour lui faire quelques vidanges. Pour 30€, nous lui changeons les fluides des ponts avant, arrière, boîte de vitesse et boîte de transfert ! Le garage arbore un insigne Land Rover, mais aussi Ford, BMW. A mon avis rien de bien officiel, mais ils ont ce qu’on recherche. Nous dînons ce soir au VillaVerde, un resto éthiopien traditionnel, caché derrière la fameuse ligne ferroviaire Addis-Djibouti, la seule ligne du pays. On ne sait comment remercier Laurens, Lorin, Jean-Marc et Valérie qui nous accueillent si gentiment à Addis et nous embarquent dans des plans sympas. On mange la classique Injera agrémentée de plein de bonnes choses, tout en regardant des chants et des danses traditionnelles. Nous goûtons au fameux rituel du café : une femme prend des grains de café encore verts, les torréfie et fait ensuite un café très fort. C’est un cérémonial long et plein d’odeurs. On patiente en croquant des grains de blé cuits et en respirant de l’encens. Samedi 30 Septembre, 29054kms On part avec le Toyota Land Cruiser HDJ 100 4,2 litres de Jean Marc, accompagné de sa petite famille, et on rejoint à l’ambassade française les Humblots dans leur Rav 4 court, essence. On part donc en convoi Toyota, entre fan de Land Rover, vers Debre Libanos. Ce village se situe à 110kms au nord d’Addis Abeba. On roule donc 2 heures dans les Highlands éthiopiens, les montagnes et les plateaux d’altitudes, tous verts grâce à la saison des pluies qui se termine. C’est très joli. On est pratiquement seul sur la route, les éthiopiens n’ont pratiquement pas de voiture ! On reste vigilent pour éviter les chiens errants un peu fous, les ânes qui travaillent, les chevaux à l’agonie au soleil, et les troupeaux de bétails qui squattent la route. On s’arrête enfin près d’un Lodge en construction, les locaux nous installent tables et chaises devant la falaise, avec une vue incroyable sur la région, à travers un espèce de canyon vert. Les locaux se mettent à pousser des cris très forts. On se demande un peu ce que ça veut dire, et on comprend finalement, une horde de singe arrive en courant, impressionnant. Ca ressemble a des babouins, mais c’est une espèce endémique d’Ethiopie. Ils viennent dévorer à nos pieds les fruits secs que leur balancent les locaux. Le mal dominant est très impressionnant, sa peau est un véritable costume de carnaval, avec des poils très longs. On part faire une randonnée en direction du « pont des portugais ». Au milieu des montagnes se trouve ce pont taillé dans la roche construit il y a 400 ans au dessus des chutes d’une rivière. On est accompagné d’une horde de locaux qui veulent nous vendre de l’artisanat local en marbre, et une horde de singes nous suivant de loin au cas où nous aurions oublier quelque chose. On aperçoit de loin la vallée, les cultures en terrasses, et quelques monastères. On reprend la voiture pour aller visiter un monastère dans le coin. Des dizaines de jeunes ados ou des vieux armés se proposent de garder les voitures. On en sélectionne deux. On rentre dans l’enceinte de ce monastère. Plutôt moche d’extérieure, quelques vitraux sympa à l’intérieur, c’est une déception. On discute avec un des moines, il me pose plein de questions sur la France, le PIB, la population urbaine, rurale, les compagnies de téléphonie,… tout y passe. On reprend la route vers Addis, on conduit le land cruiser pour se faire une idée. Ca n’avance pas, c’est confortable, ça consomme comme un camion, mais vraiment, c’est un veau !!! Même notre def chargé à plus de 3 tonnes et avec son petit moteur marche mieux. Retour à Addis, on prend l’apero chez Jean Marc, puis on part dîner au Club grecque. Lorenz (chef des gendarmes de l’ambassade) est appelé au téléphone, il doit venir au plus vite à l’ambassade, les employés éthiopiens sont en train de se battre, il y a déjà des blessés. Ambiance à l’ambassade. Dimanche 1er octobre 2006, 29120 Kms En Afrique, un dimanche, comme les autres jours, commence à 06h du mat’. En France il commence à 09h30 pour ne pas louper « Auto-Moto ». Aujourd’hui, le dimanche s’est lancé à 11h30…Nous lisons au lit. Fanny, la petite fille de Jean-Marc et Valérie, nous rejoint dans notre lit. Elle y dévore son Journal de Mickey, Alexis rédige le journal de bord de la veille et moi je lis « La Part de l’autre ». Chacun à ses occupations, mais c’est un bonheur de se laisser traîner au lit. Pour le brunch, je pars acheter des croissants à « La Parisienne ». Plus qu’une boulangerie à la French Touch, c’est une petite brasserie du matin où l’on croise des éthiopiens aisés prendre une viennoiserie et un café. Pendant que j’achète de quoi compléter le brunch, Jean-Marc fait un tour avec le Def. Il est trop heureux, lui qui est passionné de Land et qui est contraint de conduire tous les jours une Toyota comme voiture de fonction. Après un bon brunch, nous partons pour Ntoto, les hauteurs d’Addis. Sur la route qui nous y emmène, nous croisons beaucoup de monde. Beaucoup de locaux qui chantent et se sont mis sur leur 31 pour certains. Il se passe quelque chose, une célébration certainement puisque le rassemblement se gonfle près de l’Eglise. Nous ne serons pas ce que tout ces gens fêtaient. Au fur et à mesure que nous montons, nous quittons la ville, les gens et pénétrons dans la forêt d’eucalyptus. Nous nous arrêtons près d’une falaise réputée point de vue pour admirer des hyènes. Effectivement, en contrebas, quelques spécimens sont visibles. Et vivent en harmonie avec les vaches qui broutent à quelques centaines de mètres ! Les collines de l’Ntoto sont un bel environnement pour faire de l’observation ou faire du cheval. Mais aussi faire du 4x4…Jean-Marc en Toyota et nous en Def cherchons comme des gamins des endroits un peu piégeux où s’amuser. Nous nous défoulons sur un bout de piste cassant. Tout le monde passe, je me fais une petite frayeur en mettant les roues dans une ornière entraînant un déséquilibre de la voiture. Ne pas oublier qu’avec tout ce qu’il y a sur la galerie, les dévers deviennent vite vicieux. Malheureusement, il y a trop de caillasse sur les routes que nous cherchons à emprunter, et nous galérons un peu pour trouver un chemin alternatif. Nous rebroussons chemin et trouvons un autre terrain de jeu au sein de l’ambassade de France. Le parc est grand, nous en profitons pour exploiter la place. Nous jetons nos 4x4 dans les hautes herbes du parc. Mais ces hautes herbes cachent un terrain humide, qui a se transforme vite par endroit en terrain de boue. Et ce qui devait arriver arriva. Le Toyota se planta lamentablement là où le Def passait magistralement, avec en plus ses centaines de kilos de chargement. Je me transforme en St Bernard et tire Jean-Marc du mauvais trou dans le quel il s’est vautré. Les faibles débattements de suspension de son Toy l’empêchent d’avoir une bonne motricité en croisement de ponts. Nous prenons l’apéro et une part de pizzas chez Stéphane, un des gendarmes de l’ambassade, et d’autres personnes travaillant à l’ambassade. Nous faisons un feu de cheminée, chose qui me rappelle Noël. lundi 2 octobre 2006, 29143 kms La priorité de la journée est d’obtenir nos visas saoudiens. On s’y rend le plus tôt possible. Au bout d’une heure d’attente, le responsable des visas nous dit qu’il n’a rien pour nous et qu’il faut revenir cet après midi. Juste avant nous, un musulman demandais un visa pour le business ou le tourisme, il s’est à moitié fait jeter dehors par la sécurité, le responsable lui criant à la figure : (tourism and businnes, after ramadan inch allah !!!!!!!). On rentre bredouille, on s’en doutait un peu mais bon… on patiente en faisant une dernière machine de fringue, en démontant une centième fois notre tableau de bord pour vérifier qu’aucun code sur l’autoradio n’aurait pu nous échapper. On repart en début d’après midi à l’ambassade saoudienne. Les gardiens ne veulent pas me laisser passer et me disent de revenir demain. J’insiste, ils appellent le responsable des visas. Il rapplique et me dit que on n’aura pas les visas. Il me demande de le suivre pour qu’il me donne la liste des documents en plus à fournir pour ce foutu visa. Il me fait asseoir dans la cour et j’attends 10 bonnes minutes quand finalement une fille vient me voir et me fait une liste ridicule de pièces à fournir. Par exemple, une lettre du gouvernement promettant de couvrir mes frais de voyages s’il fallait. Je tente de lui expliquer le ridicule de cette liste. Elle m’avoue qu’on n’a aucune chance de l’obtenir, et qu’on a intérêt à passer par l’Egypte (impossible pour nous). J’insiste en disant qu’à Khartoum, il n’y a aucun problème de ce genre pour avoir le visa. Elle ne sait pas quoi dire, alors elle s’en va, tout simplement, me laissant là dans la cour comme un con. On part en voiture à l’ambassade de France dire au revoir aux Humblot qui ont été vraiment super sympa. Puis retour chez Jean Marc pour un bon dîner tout chaud. On se fait une séance cartographie/photos/4x4, pour préparer la suite de notre séjour éthiopien Mardi 3 octobre 2006, 29527 Kms On est tiré de notre sommeil à 7h par Valérie. Le temps de prendre un petit dej et de dire au revoir à Jean-Marc, Valérie et la petite Fanny qui ont été adorables de nous accueillir pendant ces quelques jours à Addis. On a pas eu notre visa saoudien, mais on a rencontré des gens vraiment sympas qui nous ont aussi fait découvrir la capitale et alentour. Nous faisons 400 kms pour rejoindre Kombolcha. Une route en relatif bon état, puisque la majeure partie est en goudron, mais on ne peut pas faire sans quelques nids de poule. Une partie du tronçon est en travaux. Les paysages de montagnes, vallées et petits canyons sont magnifiques. Mais attention à ne pas trop regarder le spectacle de la nature, car en face, les bus déboulent à toute vitesse. Des quantités de bus avec un énorme drapeau éthiopien sur la calandre tracent la route sans vraiment se soucier de ce qui arrive dans l’autre sens. Les « You-You » recommencent sur notre passage, mais pas de jet de pierre ou d’agressivité particulière. Pourvu que ça dure. Arrivé à Kombolcha, je propose un deal à u n hôtel : parking gratuit pour la nuit et en échange je dîne dans son resto. Refus de la direction. On se planque donc dans une petite pension. Pour à peine 2€, nous resterons sur le parking tranquille. Il y a même des toilettes et des douches. Mais pas sûr qu’en les utilisant on en ressorte plus propre… mercredi 4 octobre 2006, 29853kms Les moustiques de Kombolcha, c’est pas des gonzesses ! Moustiques d’altitudes qui piquent à travers plusieurs couches de spray anti-moustique, ou qui trouvent le seul cm2 de peau qui n’est pas couvert. Du beau boulot, à 5ou 6, ils nous ont dévoré. C’est vrai que c’est pas la première fois, mais j’ai vraiment l’impression que le muezzin nous a fait une spéciale nocturne, à chanter comme un âne toute la nuit pour bercer tous les villageois. On reprend la route vers Lalibela. On va parcourir aujourd’hui plus de 300 kilomètres de montagne perdue et verte à souhait. On passe par des sommets perchés à 3500 mètres d’altitude (record d’altitude pour le def). Impossible de s’arrêter, du monde partout. Tous les enfants nous hèlent comme leur bétail, ils exigent « pen, money,… ». Certains ramassent des cailloux ou des bouts de bois en nous voyant, mais ça n’atteint heureusement pas la voiture. On a même vu un petit garçon savant à peine marcher nous jeter un bout de bois accompagné d’une grimace de killer. Cette route sans pause est un peu fatigante mais on ne pouvait espérer mieux comme décor. On arrive en fin d’après midi à Lalibela, la ville ne paye pas de mine d’extérieur. On se rend vite compte de son succès parce que les pancartes de publicité pour les hôtels et restaurants pullulent sur les bords de route, tout comme les habituelles comités d’accueil de faux guides à l’entrée des sites touristiques. On se réserve les charmes de la ville pour demain. On file à l’hôtel Asheten, on s’y dégote une petite piaule miteuse qui pue et sûrement plein de puce. Loin du confort du def… Jeudi 5 octobre 2006, 30067 Kms Nuit de merde. Forcément, en dormant dans un sac de couchage, et en plus sous les draps et la couverture du lit, il y a un moment où je me suis réveillé en nage. Mais je ne voulais pas dormir dans le lit directement, j’ai entendu trop de gens revenir de Lalibela avec des puces, alors je prends mes précautions. Ouverture du Ticket Office à 07h du mat’. Nous sommes debout à 6h3à, pour ne rien manquer. Nous enfilons rapidos notre petit-dej et nous dirigeons à pieds vers les églises. Celles-ci, au nombre de 11, sont l’attraction principale de Lalibela. Elles ont été construites au XIIème siècle. Leur particularité tient à leur construction : elles sont taillées à même la roche, dans le sol. Le niveau de sol faisant le plafond des églises. On penche donc la tête vers le bas pour admirer l’édifice dans son ensemble. C’est impressionnant, ça ramène des touristes et forcément ça donne faim aux locaux qui n’arrêtent pas de se proposer comme guide, plus ou moins officiel. Pour accéder aux églises, on descend des petits chemins escarpés ou on traverse des tunnels. On peut pénétrer dans les églises en enlevant ses chaussures. A l’intérieur, il y a toujours un moine qui prie, ou lit un texte à mi-voix. Je trouve que ces moines ne sont pas vraiment concentrés, ils jettent en permanence des petits regards furtifs pour voir ce que l’on fait, et ils se prêtent volontiers à une explication de leur symboles orthodoxes, en échange d’un petit billet bien-sûr…Quelque chose que je n’explique pas : les prêtres nous saluent parfois d’un « Salam », je pensais que seuls les musulmans s’exprimaient ainsi. On assiste à une cérémonie où 6 moines chantent, remuent leurs symboles religieux. Alors que deux gamins font résonner la peau de leurs tambours. L’écho avec la roche fait qu’on entend la cérémonie de loin. Nous retournons dans la cahute où nous avons acheté le pain ce matin car on s’est rendu compte après qu’on nous a fait un prix « pour blancs ». Ca fait un petit scandale dans la rue, on ne récupère que 20 centimes d’€, mais au moins on s’est pas fait avoir. En quittant la ville, je me fais arrêter par un policier parce que j’avais accepté qu’un éthiopien se mette sur mon capot avant pour quelques mètres. Il me demande mon permis. Il est caché sous des tonnes d’affaires, alors je lui montre celui d’Alex, qui est plus accessible. Il regarde la photo, me regarde, a l’air intrigué, puis me rend le papier…Je m’en tire avec une bonne remontrance mais pas d’amende. Il y a une procession dans la ville, les gens portent un foulard blanc parce que c’est un enterrement. A la tête du cortège, un homme porte dans ses bras un corps enveloppé dans ces mêmes draps blancs. Nous faisons plus de 200 kms de pistes qui longent la montagne, passent des cols et traversent de petites forêts pour arriver à Debre Tabor, où nous installons dans la petite cour d’un hôtel. Au début, on nous demande le double pour dormir dans le Def plutôt que dans une chambre. On leur explique qu’ils ont plutôt intérêt à nous faire dormir dans le Def. Ils baissent le prix, mais c’est encore plus cher de dormir dans la cour, dans la voiture. On leur réexplique…Enfin, on arrive à un bon prix : 1€. Nous profitons aussi de la nourriture locale :injera avec petits morceaux de viande. Pendant le repas, nous nous énervons contre deux gamins qui, en jouant, ont balancé un caillou sur le Def, causant quelques rayures au passage. Mais ces gamins, comme tous ceux en Ethiopie à notre avis, sont sans gêne, et ils n’ont pas l’air vraiment désolés. Un de ces gamins rigolait quelques minutes avant sur la taille de mon nez, y a plus de respect… Avant de se coucher, nous installons tous les isolants sur les fenêtres de la voiture car il sont vraiment trop indiscrets en s’approchant du Def pour voir ce qu’il se passe à l’intérieur. Bertrand passe une bonne partie de la soirée à négocier avec les gens de l’hôtel, ils nous ont tous donné des prix différents, et forcément, maintenant, ils réclament le max. Dur dur de négocier avec eux, ils ne parlent pas anglais et ne lâche rien. D’ailleurs je les soupçonne un peu de faire exprès de ne rien comprendre. Mais ils ne peuvent pas s’empêcher d’escroquer les étrangers. vendredi 6 octobre 2006, 30398kms On quitte ce foutu hôtel, et reprenons la route en direction de Gondar. Après une matinée de route magnifique (on ne se lasse pas de ces paysages verts et montagneux), on arrive enfin dans cette ville touristique, réputée pour son château et ses églises. Elles est aussi réputés pour ses emmerdeurs de faux guides et de pot de cols en tout genre. Dès qu’ils voient un farengi (étranger) arriver, ils se jettent sur lui comme des abeilles sur du miel et ne le lâche plus d’une semelle. On est assailli par des adolescents tout autours de la voiture, impossible de sortir. On savait que d’autres voyageurs n’avaient pas visité cette ville à cause des emmerdeurs. C’était la goutte d’eau qui leur avait fait quitter l’Ethiopie prématurément. Nous aussi, on en a raz le bol, on admire le château depuis la voiture et on prend la route de Metema (poste frontière avec soudan). Cette route est particulièrement peu utilisée vu qu’elle ne concerne que peu de monde. Pourtant, il est toujours inenvisageable de faire un bivouac sauvage. Même une simple pause toilette, est on a déjà des spectateurs à quelques mètres sortis de nulle part. On roule le plus possible pour arriver à Shehedi, avant dernière ville éthiopienne où se trouve le poste de douane pour nos formalités. On décide de passer la nuit en ville. Le seul hôtel qui n’est pas annoncé qu’en amharique nous annonce des prix ridicules, on refuse, de toute façon, on a même pas assez vu que tout est parti en gasoil. Seul solution, demander au poste de douane s’ils acceptent qu’on reste devant chez eux. Ils sont ok et ça à l’air suffisamment sûr donc on s’installe devant leur porte. Avec les quelques birrs qu’il nous reste, on part diner dans un petit bouiboui. On nous sert comme d’habitude, une bière avec de l’injera et de la viande ultra épicée (à en pleurer), je demande une petit coca, histoire de tuer quelques germes…. Sur la route, on cherche du pain, on nous en propose sortant du freigo avec une odeur à réveiller les morts. On nous assure que c’est le pain local, le seul qu’on trouvera en ville. Perplexe, on continue notre quête, guidé par un local qui parle un peu anglais. On trouve enfin, 10 mètres plus loin !!, du bon pain parfait pour demain matin. Sur la route du retour, des petits me challenge au ping pong (sport très prisé en Ethiopie). Un petit me prête sa raquette rafistolée. Mon adversaire n’est pas beaucoup plus haut que la table, je suis serein. Il m’invite à servir, on fait quelques échanges, il se débrouille super bien. A deux partout, je lui propose le premier à 5 vu qu’il fait suffisamment chaud comme ça. J’ai la pression avec tous les badauds de la rue qui assistent à la rencontre. Je trouve louche qu’il m’invite toujours à servir. Je lui demande de servir. Et là je n’en ait plus touché une. 3-2, 4-2, 5-2 en quelques secondes. Faut dire, il est à domicile, il connaît le terrain (qui après analyse ne respecte pas vraiment les mesures d’une vrai table) et surtout, il y passe toute la journée. Bon d’accord, il m’a éclaté. On rentre en nage à la voiture, les moustiques arrivent, mais la température reste très haute. Sympa la soirée. Des femmes travaillant à côté nous proposent d’utiliser la douche du bureau de douane, ca va nous faire du bien. Samedi 7 octobre 2006, 30777 Kms Cette nuit m’a rappelé aux mauvais souvenirs de l’Afrique de l’ouest : chaleur + moustique. En se couchant à 19h et en se levant à 07h du mat’, on a donc un joli potentiel de 12 h de sommeil. On a dû dormir 4-5h au max… Petit-dej sur le capot de la voiture, on salue les gens qui habitent le poste de douane (c’est un vrai squat) en leur offrant les bouteilles d’alcool fort (alcool de maïs et alcool de palme) qu’on nous avaient données au Bénin et qu’on a jamais vraiment réussies à finir. A partir du Soudan, alcool interdit. En route donc pour Metema, le poste frontière Ethiopie/Soudan. Nous nous faisons une joie d’arriver au Soudan, qui est le plus grand pays d’Afrique avec 8% de la superficie du continent. Contents parce que nous allons retrouver le désert, et surtout parce qu’on nous en a dit tant de bien, notamment sur la gentillesse des gens. Cela devrait nous changer du côté oppressant des éthiopiens. Nous tamponnons nos passeports à la sortie de l’Ethiopie. Cela prend un certain temps, pendant que je garde la voiture, Alex est parti avec les passeports. ¼ d’heure plus tard, Alex revient avec un des douaniers, il veut me voir en personne. Il dit que j’ai un visage de femme sur mon passeport. Le con. Côté, soudanais, tout se passe bien. Ca prend du temps, mais les gens sont effectivement très courtois. On ne paiera pas de taxes d’entrées contrairement à d’autres français (les Doiteau, www.aveclesoleil.org) qui étaient passés plutôt cette année. Il y a certes une petite taxe à payer, mais comme je n’ai pas encire de dinars soudanais et que le change paraît compliqué, un des douaniers se propose de la payer pour nous, car nous sommes « ses hôtes ». Sûrement qu’il ne paiera rien par la suite, mais c’est une beau geste. Nous lui filons in T-shirt pour un de ses gamins. La route qui nous mène à Gedaref, première grosse ville soudanaise, est pourrie sur les 50 premiers kms puis se transforme soudainement en bitume parfait, véritable tapis noir qu’on déroule pour nous tout seul. Longtemps qu’on n’avait pas eu une route en si bon état. Nous filons donc bon train jusque Gedaref. Là-bas je fais un peu de change dans un minuscule bureau. J’ai l’impression de me faire arnaquer, je discute pendant un moment avec le gars, qui m’explique très mal qu’en fait il y a deux monnaies, une officielle qui est sur les billets, le dinar soudanais, et la £ soudanaise, qui est la monnaie « parlée », indiquée sur les prix et qui a un 0 de plus... Nous faisons du gasoil et partons vers Khartoum. La route est en bonne état, mais assez dangereuse parce que pas très large et presque uniquement fréquentée par d’énormes camions qu’il faut sans cesse doubler avec précaution. On multiplie les contrôles policiers, dans la courtoisie toujours. Juste pour nous enregistrer. On se fait tout de même un freinage tardif devant un mec qui ne veut pas se bouger du milieu de la chaussée, c’est en fait un flic, habillé en civil, qui nous demande de nous arrêter… Nous retrouvons avec plaisir la tranquillité du camping sauvage. Nous sommes cachés entre les acacias, Alex nous prépare une purée de maïs mélangée à une soupe marocaine. dimanche 8 octobre 2006, 31072kms Enfin une nuit réparatrice, on se réveil naturellement pour le lever du soleil, batteries rechargées. On commence à peine à ranger la voiture que 2 hommes d’une cinquantaine d’années viennent nous voir. Il fallait bien qu’on se fasse repérer… L’un deux est très souriant, l’autre tire la tronche et ne dit rien. Le souriant n’arrête pas de parler en arabe, il sait que je ne comprends pas (j’ai appris à dire en arabe que je ne le parlais pas : ma atkalam arabi !). On comprend vite que leur priorité est de savoir d’où l’on vient, on explique qu’on est français (ça aussi on sait le dire, en fait on est pas mauvais, ça les fait marrer). Ils poussent un grand soupir de soulagement et nous explique avant des gestes que : Soudan/France=amis comme les 2 doigts de la main, mais Soudan/USA=pas bon du tout. Ca donne un truc comme Sudan/Faranz HAWAAAADDDD !!!!! Et on peut dire qu’en voyant les grandes haches qu’ils tiennent à la main, on peut se féliciter d’être français…. On ne se comprend pas du tout mais on devient vite super pote, le marrant nous prend dans ses bras, nous embrasse le front et les mains, il nous explique qu’il vient élaguer les arbres de l’oasis pour qu’ils poussent plus haut. Ils se mettent au travail pendant qu’on prend notre petit dej. On leur propose de nous rejoindre, mais impossible pour eux à cause du Ramadan, ils n’acceptent même pas un verre d’eau. En revanche, il lorgne sur notre peau de miel. Il ne résiste pas et nous demande si on ne peut pas lui en donner un peu pour son petit garçon. On en met un peu dans un pot, il a l’air ravi. On reprend la route vers Khartoum, c’est un défilé d’énormes camions qui portent sur deux remorques 4 containers. La route est ok mais les dépassements sont parfois sport. On traverse de nombreux village fait de maisons plates en briques un peu tristounes. La végétation disparaît de plus en plus pour laisser la place au désert. Les animaux morts sont très nombreux sur le bord de la route, mord de soif, accident ou je ne sais pas quoi. Quelques contrôles de police, on nous demande notre nationalité, où même plus directement : American or french ???? FRENCH !!!! Ah french, I love you ! you can go ! On ne serait peut être pas arriver à Khartoum vivant si on venait d’outre atlantique. On en abuse même, à un péage, Bertrand lance courageusement, I’m french, come on, I don’t pay ! Et le policier cède le passage. Arrivé à Khartoum, la ville impressionne par ses grands boulevards et ses beaux buildings. Il fait terriblement chaud. On commence par l’ambassade de Franc pour s’enregistrer et surtout pour obtenir des lettres de recommandations pour nos demandes de visas saoudiens, jordaniens et syriens. On fait du change, puis impossible de trouver à dejeuner vers 1heure, à cause du ramadan, tous les restos ferment. On s’installe dans un camping asses vaste est clean le temps que les bureaux rouvrent. Une immense mosquée se trouve sur le terrain du camping. En face de la mosquée, un immense rangée de petit robinet avec un carré en béton devant. Les hommes viennent faire leurs abulitions avant la prière. Y sont-y pô mignons à se laver les pieds tous ensemble !!! Pendant une éternité, le microphone répète sans arrêt et sans variante Allah Akbar ! Pour un non musulman intolérant, ça pourrait presque donner l’impression d’un certain ridicule. On part en ville s’enregistrer au bureau des étrangers ce qui est obligatoire sous 3 jours après avoir passer la frontière. Le bureau s’appel d’ailleurs : Alien’s registration office. Sympa comme petit nom pour désigner les étrangers… Le mec nous demande un tampon d’une institution qui promettrait nous connaître. On lui dit que c’est impossible vu que personne ne nous connaît ici. Il ne veut rien savoir et nous dit de revenir demain. Un soudanais sympa nous dit d’attendre un peu. Et effectivement le policiers têtu s’en va à la fin de son service, il donne une photocopie de sa carte d’identité et les coordonnées de sa boite, se qui nous sert de contact ici. L’employé du guichet accepte mais demande un peu plus d’argent que nécessaire, on n’a pas trop le choix, on paye le bakchich. Nos passeports nous sont remis avec le petit autocollant nous octroyant un mois sur place. Le mec nous les donne et nous dit, please, I need some thing to survive…. On lui dit qu’il nous a déjà piqué 1000 dinars et qu’il peut se gratter. Toutes les autres sont fermées. On peut rentrer et continuer les démarches demain. Il est 18 heures, les restos ont rouvert leurs portes, on part se prendre un petit kebab pour voir ce qu’ils valent ici. Nous nous offrons 3 shawramas (sanwichs + viande), un jus multifruit et des pâtisseries arabes, un régal ! Le tout devant les informations arabes, mais on arrive quand même à déchiffrer que la France a perdu au foot contre l’Ecosse et que Schumacher a cassé son moteur à Suzuka et a peu de chance de devenir champion du monde. Rien de bon...Des locaux ont mis leurs tapis juste derrière le Def, nous attendons donc qu’ils aient fini leurs prières pour repartir. En guise de remerciement, on nous offre un bout de pastek. Lundi 9 octobre 2006, 31126 Kms Un mystère encore non élucidé : les moustiques qui passent à travers la moustiquaire. On s’est fait bouffer toute la nuit. Au réveil je me venge sur ces téméraires pris au piège qui ont su passer à travers les mailles pour rentrer et ne trouvent pas le chemin de la sortie. Ils sont gavés, soûls de notre sang, ce sont des proies faciles. La chasse aux visas est rouverte. Nous fonçons à l’ambassade de France récupérer les lettres de demande de visas écrites sur papier en-tête ambassade de France, en notre nom. La dame qui s’en occupe est très gentille,elle nous présente les responsable de la sécurité qui nous donnes des tuyaux sur le pays. Direction ensuite l’ambassade d’Arabie saoudite. Comme il fallait s’y attendre, en période de Ramadan, il y a beaucoup de monde, car les gens veulent faire le pèlerinage à la Mecque (un des 5 standards de la religion musulmane). On explique notre cas, on nous transfère vers une agence, qui nous demande trop d’argent. Nous retournons donc à l’ambassade et demandons de traiter directement avec eux. Ils ne veulent pas mais appellent l’agence, qui accepte de baisser ses prix de 200$ à 11€ pour nos deux passeports, et avec le sourire ! Mais avant ils exigent le visa jordanien, preuve pour eux qu’on ne va pas s’arrêter en Jordanie et que le voyage continue pour nous. Et c’est reparti, direction ambassade jordanienne. Là-bas, que du bonheur, en deux heures le tampon et le timbre sont sur nos passeports. En quittant le quartier des ambassades, un mec me fait des signes. C’est un blanc, qui baisse sa vitre en me disant « Je suis de Lille », énorme ! Je me range sur le bas côté direct. Vincent est archéologue, il travaille sur un site de fouille dans le Nord du pays. Ce site est une concession française, uniquement accordée à des gens qui ont fait leurs études d’archéologie à Lille III. En échange des investissements français, le gouvernement soudanais offre à des entreprises françaises de gros contrats, comme celui du barrage de Merowe, actuellement en construction, projet sino-français ; Alcatel fournit les turbines du barrage. Sympa, il nous invite à déjeuner chez lui. Il nous explique son métier et le Soudan qu’il connaît très bien. On ira peut –être le voir au Musée National de Khartoum où il travaille hors des saisons de fouille. En rentrant au camping, nous ne résistons pas à la tentation de racheter des pâtisseries. Pour une fois ce soir il y aura un dessert après la soupe. mardi 10 octobre 2006, 31411kms Les soudanais sont adorables, c’est une chose, mais l’administration peut être particulièrement chiante aussi quand elle veut. On se rend à la première heure au bureau qui doit être une annexe du ministère du tourisme, où on est censé nous donner notre permis de circuler, indispensable pour aller à Port soudan en voiture. Il s’avère en fait que ce bureau n’est pas habilité à délivrer le permis de circuler, uniquement le permis de photographier… en théorie obligatoire. On en profite pour récupérer ce permis de photographier avant d’aller sur les sites du nord. Puis on passe une demi journée entière à chercher le bureau qui donne ce foutu permis de circuler, une fois trouvé, il s’avère qu’ils nous demandent trop de papiers et trop d’argent pour ce simple permis. On verra plus tard… On prend la route qui longe le Nil bleu, et qui rejoint le Nil blanc, il se rejoigne au dessus du White Nil Bridge qu’il est bien sûr interdit de photocopier. On arrive dans le quartier d’Omdurman, on cherche le Souk Libya qui est le plus populaire du coin, mais on se perd rapidement dans le dédale de rue. ON demande notre chemin à un soudanais qui marche dans la rue, il tente de nous expliquer mais abandonne vite. Il grimpe dans la voiture (sans qu’on lui demande) et nous y guide. Une fois arriver il nous laisse et rentre à pied content de nous avoir aider. Le souk est un bordel total de circulation, et n’a pas l’air très très intéressant vu d’ici. On ne s’y attarde pas vu la route qui nous attend vers le nord. On s’achète des sachets de galettes de pain. On passe quelques passages de police qui tentent de nous faire payer des péages. Puis nous voilà parti pour des centaine de kilomètres de désert total, rien. Enfin rien, des camions de chantiers, de marchandises, l’armée et des animaux, nous accompagnent au début, mais au fur et à mesure, les voyageurs se font de plus en plus rare. On passe un contrôle de police, ils me font des signes pour que je m’arrête mais sans insistance, j’hésite, je sens le coup du péage. Je m’arrête quand même pour ne pas faire d’incident diplomatique. Je gare la voiture devant eux. Ils m’invitent à m’asseoir, à me laver les mains, à prendre de la pastèque avec eux. J’appelle Bertrand pour qu’il me rejoigne. On nous offre des sodas, que l’on refuse au début, mais ils insistent, ils nous offrent plus de bouteilles qu’il n’en faudrait. On discute le long de la route, en plein désert. On s’étonne de les voir manger et boire en plein ramadan. Ils rigolent tous et l’un deux dit : « Fuck Ramadan ! ». On les laisse continuer leur sieste à l’ombre et on reprend la route. Une heure plus tard, on quitte la route principale pour aller cherche run bivouac dans les dunes, caché si possible, mais qui viendrait nous chercher ici. On roule plusieurs kilomètres en prenant un cap plein est. On trouve le coin parfait seul au milieu de plusieurs dunes, dans un silence absolu. Le rêve. Il se pourrait bien qu’on troque nos moustiques pour des serpents ce soir. Il parait que les cobras sont nombreux par ici. Mercredi 11 octobre 2006, 31763 Kms On se réveille juste avant le soleil, pour apprécier les couleurs orangées du lever sur le désert. C’est un beau spectacle. Ni pluie ni vent fort, cette nuit a été parfaite, surtout que les moucherons se sont décidés à attaquer juste quand on s’est décidé à sortir du lit. Au bout de 70 kilomètres sur la route qui nous mène plein Nord, nous arrivons à une T-junction. A droite comme à gauche, la route continue vers le Nord, en longeant le Nil qui fait une boucle. Nous prenons à droite en direction de Karima ,pour partir à la découverte de trois sites historiques archéologiques : les pyramides de Nuri et de Karou, et la montagne de Djebel Barka. En arrivant à Nuri, nous ne voyons pas de ticket office, juste un policier quoi nous salue. Nous lui disons bonjour et traçons à travers quelques dunes pour arriver sur le site des petites pyramides de Nuri. Mais j’ai à peine dégainé mon appareil photo qu’un petit homme en blanc et le policier rencontré 2 minutes avant se jettent sur nous affamés en vociférant qu’on ne s’est pas arrêtés prendre de ticket. « C’est 20$ » nous lance-t-il ! Nous ne voulons pas payer car il nous demande un prix exorbitant pour les quelques pyramides, qui sont certes très jolies, mais le prix est 10 fois supérieur à l’entrée du musée national de Khartoum. Nous décidons de repartir, énervés, car en toute honnêteté il n’y avait rien qui indiquait un bureau où acheter des billets. Mais les 2 compères nous retiennent de quitter le site, le flic hausse un peu la voix. Même en étant resté 2 minutes sur le site, nous devons payer. Devant notre manque de coopération, ils décident de nous emmener dans leurs cahutes. Nous ne lâchons rien pendant une heure, jusqu’à ce que l’on comprenne que ça pourrait durer des jours. Nous voulons continuer nos visites, nous payons donc l’entrée. C’était peut-être le vrai prix à payer, mais rien de l’indiquait et les 2 soudanais ont vraiment été désagréables avec nous. Nous leur demandons de marquer leurs noms sur nos tickets, ils le font mais refusent ensuite de nous donner les tickets quand nous leur expliquons que nous irons au Ministère du Tourisme à Khartoum pour leur toucher deux trois mots…L’ambiance n’est pas bonne, de peur que le flic ne nous joue un mauvais coup, nous laissons tomber et repartons sur le site, pour enfin le visiter. Un des deux nous accompagnent, mais il est incapable de m’expliquer l’histoire de ces pyramides. Nous ne pouvons que les contempler. Il y en a une petite dizaine sur le site, elles sont plus petites que celles d’Egypte. Nous poursuivons nos découvertes en se rendant sur le site des Karou et Djebel Barka. Pour s’y rendre, il faut traverser la palmeraie qui borde le Nil et traverser le fleuve sur un bac. Les pyramides s’offrent ensuite à nous. Elles sont toujours petites (pas plus de 30 mètres de haut) mais sont en meilleur état de conservation que celles de Nuri. Djebel Barka (djebel = montagne en arabe) est impressionnante car c’est un morceau de montagne qui se détache dans un univers plat. Un peu comme Iron’s Rock en Australie. Nous devons attendre une bonne heure sous le soleil avant qu’une place ne se libère sur un bac pour que nous puissions atteindre la rive ouest du Nil. Il est 16h quand je reprends la route de Khartoum. J’accélère le rythme pour être sûr d’atteindre Abu Don ou le début de la route où on peut se trouver un camping sauvage entre les dunes avec vraiment personne à la ronde. Nous apercevons une belle grosse dune à 3-4 kilomètres de la route. Plein cap dessus. On essaie même de se la grimper, mais le morceau est trop gros. Nous la contournons et trouvons refuge dans un espèce de cratère, zone pierreuse et plate entre plusieurs dunes. Nous nous posons et très vite le vent se lève, le sable rentre partout. On a même le droit à un orage et une grosse drache, en plein désert… jeudi 12 octobre 2006, 32101 kms C’est un véritable décor lunaire qui s’offre à nos yeux au réveil. Cette immense dune à la forme d’un volcan, où nous serions posé dans le cratère, fait de sable et de pierres un peu tranchante pour les pneus d’ailleurs. Petit breakfast et séance mécanique rapide avant d’attaquer les dunes qui nous entourent. On s’amuse un bon bout de temps dans ce superbe terrain de jeux avant de reprendre la route vers Khartoum. On zappe encore les péages en prétendant avoir déjà payer ailleurs, et on nous laisse passer sans problème. On retraverse tout khartoum, le souk libya, le white nil bridge, le centre, le tout dans des embouteillages qui n’en finissent jamais. On arrive près de l’ambassade d’Arabie Saoudite, en face de l’agence qui doit nous délivrer nos visas. Je rentre dans l’agence, on me fait patienter 10 minutes, puis on m’apporte les passeports avec un grand sourire. Je vérifie les visas, tout a l’air impeccable…. sauf que…. Ils ont mis mon visa avec ma photo et mon numéro de passeport sur le passeport de Bertrand, et inversement. Ils ne reconnaissent jamais un blanc, ni un nom occidental, mais les numéros de passeport, quand même, pour une ambassade…. Ils ne sont vraiment pas doués. Au téléphone, la responsable de l’agence m’explique désolé qu’il n’y a pas d’autre solution que de tout refaire, et ponctue toute ses phrases de Inch Allah. J’aimerais bien leur dire que Dieu est OK, il n’y a qu’eux qui y mettent de la mauvaise volonté… Ils sont en WE le vendredi, il nous faut donc attendre trois jours de plus à Khartoum, dans la chaleur, les embouteillages et les moustiques. La bonne nouvelle c’est que les visas ne sont pas impossibles à avoir…. Sur la route du retour, un taxi, à notre hauteur, regarde le def, est crache dessus. Bertrand prend le geste au premier degré et s’énerve. Il tape à la vitre du taxi et l’engueule en faisant semblant de cracher sur sa voiture. Ici tout le monde crache, tout le temps, c’est un sport national, ils ne s’arrêtent jamais de cracher partout. Donc le taxi qui ne comprend pas du tout cette agression s’énerve à son tour. Il veut s’expliquer sur le bord de la route. On ne cherche pas plus loin les ennuies, ils peuvent être un peu imprévisible en période de ramadan… Vendredi 13 Octobre 2006, 32126 Kms Programme léger aujourd’hui. Tout est fermé dans la ville, c’est week-end et en plus Ramadan. Sauf l’épicier arménien, catholique, qui du coup prend son week-end comme nous le samedi et le dimanche. Attendre donc que le jour se passe, sous cette chaleur accablante. J’apprends que Khartoum est la ville la capitale la plus chaude, et la deuxième ville la plus chaude du monde après Jeddah en Arabie Saoudite. Le thermomètre extérieur indiquait 41°, alors que nous entrons dans ce qu’ils appellent « l’hiver ». Il n’y a en fait que deux saisons dans ce pays : la pluie pendant 3 mois, et chaud et sec le reste du temps. Nous mettons notre temps à profit pour faire des lessives et un peu de mécanique sur la voiture. Un bruit d’embrayage nous inquiète de plus en plus. Il va falloir passer un petit coup de fil à nos amis de Land Rover Tournai pour se rassurer. Mais c’est bien connu, rien n’est plus fatigant que…l’inactivité. Et 3h après le réveil, je ne suis pas très fier de retourner au lit pour une petite sieste réparatrice. Nous déjeunons chez Vincent, l’archéologue de Lille que nous avions croisé il y a quelques jours. Quel plaisir de manger une bonne bolognaise faite maison. Nous parlons du pays et de son métier. On en apprend enfin davantage sur les pyramides que nous avions visitées il y a deux jours dans Nord, puisque le responsable du site n’avait rien à me dire. Vincent nous explique l’expérience qu’il a eue de bosser avec Nicolas Hulot qui était venu tourner une émission Ushuaia sur les trésors du Soudan. Cette émission est une vraie machine, qui ne soucie pas du détail et de la vérité historique. Les interviews de spécialistes comme Vincent ne sont que des textes que les interrogés doivent apprendre… Nous rentrons au camping, en espérant que ce soit pour la dernière nuit ! samedi 14 octobre 2006, 32219 kms Et c’est parti !! L’ambassade saoudienne (pardon, la royale ambassade du royaume d’arabie saoudite…) n’a même pas encore ouvert ses portes (il est presque 10h) que nous somme déjà devant pour faire le pressing. Rien à faire ils ne veulent pas nouds parler, il faut revenir à 14h. Qu’à cela ne tienne, on sort chaise et bouquins et on s’installe devant pour une séance d torture sous la chaleur de la ville la capitale la plus chaude du monde, ce à quoi on ajoute la poussière, la pollution et les embouteillages sous nos yeux. A 14h, on leur fait signe, ils prétendent ne pas retrouver nos passeports et nous conseille de revenir plus tard. Tout les quarts d’heure, je reviens mais ils ne veulent plus m’adresser la parole. A 15h, ils ferment les portes définitivement. Le gardien me crie que je n’ai qu’à revenir demain. Je retourne illico à l’agence à quelques dizaines de mètres. Eux m’assurent qu’ils l’auront pour 16h. A 16h pétantes, on se pointe dans le bureau, on nous fait patienter une demi heure, jusqu’à ce qu’on nous présente nos passeports et nos visas respectifs, bourrés d’erreur, mais rien de rédhibitoire à la frontière. Viens donc le moment de payer, compte tenu des ennuies endurés, on demande un discount. Rappelons rapidement la négociation qui avait étai faite il y a une semaine. Ils voulaient d’abord 100$ par visa, ensuite 50$, puis on s’était accordé sur 1500 dinars par visa soit un peu plus de 5€ par visa. Maintenant, ils réclament ce qu’on avait prévu, on sort 3 billets de mille pour nous deux. Ils se mettent à rigoler, puis exigent 68000dinars, soit 330$. C’est du n’importe quoi, ils essayent de nous faire croire n’importe quoi, des sommes soit disant due à l’ambassade, les frais d’agences, les taux de change. On se bat |