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Ghana - Accra


de Africateam, 04-05-2006

Togo et debut du Ghana


mercredi 26 avril 2006, 13029 Kms

Nous attaquons ce matin un des highlights du Bénin, la Venise africaine, j’ai nommé Ganvié. Après quelques kilomètres de route, nous arrivons à Abomey-Calavi où nous deposons la voiture à l’embarcadère des pirogues, situant en bordure du Lac Nokoué. Dans cet immense lac de 150 km ², 40 villages sur pilotis vivent tant bien que mal. Le premier village et le plus visité s’appelle Ganvié avec près de 30000 habitants. Après 8km de pirogue, nous arrivons à l’entrée di village, non sans surprise. La Venise africaine…mon œil. On sait que Venise peut être très sale aussi par endroit, mais là, c’est un véritable bidonville sur pilotis. Les maisons de tôles et de bois, à moitié effondrées baignent dans les déchets et les excréments de leurs habitants. Ces derniers sont désabusés par les touristes, et crient des chiffres, en fait des sommes d’argent, depuis leur pirogue qu’on est sensé leur payer. On entend 500 par ci, 100 par là, un téméraire tente 1000. Les pécheurs à l’épervier (ces filets que l’on lance d’un geste ample et harmonieux) s’arrêtent de lancer quand on arrive, demande que l’on prenne un photo, payante évidemment. Si on refuse, il s’arrête carrément de pécher jusqu’à ce qu’on soit suffisamment loin pour ne pas le voir. L’eau que traverse la pirogue est immonde, et ce qui flotte ne se raconte pas. C’est sûr, la balade de 3 heures en pirogue est pittoresque, ça vaut le coup, mais il faut relativiser la réputation. En repartant, on croises d’énormes pirogues remplie de jerrycans d’essence de contrebande achetés au Nigeria (frontalier) où le litre coûte 1/3 du prix par rapport au Bénin, et le fleuve ainsi que le lac sont pratiquement vierge de zones de contrôle. Je pars payer le parking de la voiture. Je demande à l’un des trois gardiens combien ça coûte. Il me lance : « 500 francs CFA », je lui demande le ticket sur lequel on peut lire 300 francs, je lui demande de se justifier. Il me répond : « Bon, c’est sûr, les voitures avec les bagages c’est plus cher quoi ! ». Je rentre dans son jeu : « Et si ma voiture est verte, c’est plus cher encore ? ». « Oui, voilà c’est ça, tout à fait » se réjouit il. Je fais semblant de m’inquiéter : « mais ça peut coûter très cher si on compte tout alors ? Combien vais-je devoir payer ? ». Il jubile : « oulala, ça peut monter beaucoup là, peut être 1000 francs ou 5000 francs ! ». « Tu te fou de moi, tiens voilà 300 ! ». Il tombe de haut : « et la faveur ? tu me fais la faveur ? Ca me ferait tellement plaisir si tu me donne la faveur ? ».
On continue vers Cotonou, et arrivons dans ce qui est la capitale économique du pays alors que Porto Novo est la capitale administrative. Les capitales de l’Afrique de l’ouest se ressemblent toutes, le même bordel, la même fausse suractivité. Seule la couleur des taxis changent et encore. Il faut noter qu’au Bénin et surtout à Cotonou, les taxis automobiles sont complètement dominés par les Zémi-Johns, les taxis moto ou Scooter. La ville en est remplie.
On se trouve un petite auberge en centre ville, cuisinons notre igname et notre manioc devant l’accueil baignée dans l’huile rouge des palmiers, puis nous partons faire une séance difficile de cybercafé, rythmé par les baisses de tension électrique de la ville. En se baladant ensuite, on a l’idée de se faire un ciné, très sympa paraît-il. On se rend à pied au premier, mais pas de film, seulement un petite pièce de théâtre joué par des enfants, en français d’ailleurs, mais ils auraient pu parlé avec leur dialecte, on y aurait vu que du feu. On part à la chasse du deuxième ciné de la ville. En zemi-johns cette fois, parce que c’est loin et il fait déjà nuit. On monte à 3 sur un scooter, Bertrand, moi et le chauffeur, tous sans casques. Et on s’engage dans une bataille infernale dans les embouteillages de la ville. La pollution est palpable, et la fumée de tous les deux roues gène la visibilité. Le chauffeur nous crie de bien tenir notre sac, au risque de se le faire voler. Etre derrière quelqu’un en moto, ce n’est déjà pas toujours rassurant, mais là, c’est un peu le feeling roulette russe…. En arrivant au 2eme cinéma, sain et sauf, celui-ci est fermé sans raison, on repart donc en sens inverse vers notre auberge. On se contentera de la demi finale de la Ligue de Champions sur la petite télé de la réception de l’auberge, que nous regardons avec une vingtaine de locaux et clients nigérians. L’accent et les commentaires des nigérians en anglais sont à mourir de rire, c’est ce qui nous attend aussi au Ghana ! 2 bières et une mangue pas mûre, puis nous montons nous coucher. Dans l’escalier un client nigérian, que j’avais pris pour le gardien de l’étage, cause un peu avec nous. C’est un marchand de voiture d’occasion. Il fait des allers-retours en Allemagne pour acheter quelques vieilles voitures qu’il envoie en container vers le Nigeria pour les revendre un peu plus cher. Les quelques mots d’allemand qu’il a pu apprendre son assez comique, et il est fier de nous en faire part.

Jeudi 27 avril 2006, 13116 Kms

Une nuit à l’auberge dans un vrai lit n’est pas forcément synonyme de vraie nuit de repos. Alex passe la nuit à se gratter, fais ses lessives en plein milieu de la nuit, moi je suis un peu perturbé dans mon sommeil, je rêve d’une longue conversation avec Michael Schumacher sur les évolutions de la Formule 1…
Hier on avait le droit aux baisses de tension éléctrique. Ce matin c’est l’eau qui ne coule plus au premier étage. La distribution est ralentie, la pression n’est pas suffisante pour monter les étages. Seul les rez-de chaussée de la ville seront servis ! Et là le verdict est clair, ça ne reviendra pas avant le soir. Et c’est comme ça tout le temps. Eux sont habitués et savent prendre les devants. Pas de douche, nous filons à la quête d’un petit-déj. Plutôt que l’habituel pain trempé dans le lait, nous optons pour la solution locale. On sait alors qu’on prend des risques…Nous nous asseyons dans un boui-boui qui donne sur la rue. Alex se paie une omelette, je m’offre un plat de viande de bœuf. Avec un café. Voilà un café que je n’avais encore jamais bu. Ici c’est moitié lait concentré sucré, moitié eau chaude, avec une pincée de café en poudre…Ca donne une boisson archi sucrée qui donne soif. Pareil pour le chocolat chaud d’Alex.
Nous quittons Cotonou sans avoir vraiment pris le temps de découvrir la ville de jour. Ces grandes villes africaines excitent par leur tumulte mais nous effraient aussi quand il s’agit de circuler en Def. Nous quittons la capitale Béninoise et nous garderons le souvenir de notre escapade nocture d’hier. Nous passons par le port de commerce qui n’est qu’une succession de porte-conteners et de vieux camions Berliet qui attendent de charger ces grosses boîtes de métal. Nous longeons l’aéroport au moment où un avion décolle, sensation garantie quand il passe à quelques dizaines de mètres au dessus de nous, en pleine poussée. L’aéroport de Cotonou ressemble un peu à celui de St Martin ou de Rio, les roues effleurent presque l’eau à l’approche de la piste. Puis nous empruntons une route magnifique, à travers les palmiers, le long de l’océan Atlantique, version Golfe de Guinée. On se baigne dans une eau relativement chaude, mais trop mouvementée pour nous permettre d’aller jouer avec les vagues. On aimerait s’installer dans ce décor de carte postale pour une nuit, mais on nous a déconseillé de fréquenter les lieux pendant la nuit. Cette jolie promenade nous amène à Ouidah, ville symbole pour plusieurs raisons. C’était, pendant la traite des nègres dans le cadre du commerce triangulaire, le point d’embarcation des esclaves béninois, en direction de l’île de Gorée au Sénégal, d’où ils étaient ensuite embarqués pour les Amériques. Nous nous arrêtons au mémorial appelé « La Porte de Non-retour » qui symbolise les faits. Nous roulons sur la route des esclaves, le chemin parcouru à pieds par les esclaves du fort où ils étaient détenus jusqu’à la plage, lieu d’embarquement. La deuxième raison qui rend Ouidah célèbre est que c’est le centre Voodoo du Bénin. Nous visitons le musée (en lieu et place du fort portugais qui détenait des esclaves) qui évoque les deux thèmes de l’esclavage et du culte Voodoo. L’endroit est très décevant, nous faisons une visite guidée brouillon avec un couple d’allemands et une tribu d’américains. Le Voodoo reste toujours un mystère pour nous, n’ayant pu comprendre les explications courtes et floues du guide. Lui-même est chrétien mais dit qu’ici dans la ville on est obligé de croire aussi au Voodoo, « sinon il peut vous arriver le mal dans la ville »…
En fin d’après-midi, nous prenons la route en direction de la ville de Grand-Popo et de la frontière togolaise, que nous voulons passer que demain. Hors la ville de Ouidah est bordée de marécages, du lac Ahémé puis la frontière longe la côte de très prêt. Nous avons peu de solution pour un camping sauvage. Nous nous engouffrons dans un petit sentier à la sortie de Ouidah, traversons des sortes de jardins et arrivons sur un espace dégagé. On nous laisse nous installer. Nous sommes en fait à 200 mètres d’une école, et juste après avoir éteint le moteur, on assiste à un déferlement de petits bonshommes et de gamines en uniforme beige. C’est la sortie des classes…S’ensuivent deux heures où, entourés au total par une centaine d’élèves de la sixième à la première, nous discutons, chantons, dansons, échangeons adresse. Mais impossible de s’en défaire. Quand la nuit commence à tomber, ils tournent encore. Ils se sont passés le mot et nous recevons maintenant quelques mères…Le ciel est secoué d’éclairs, mais la tempête est loin, il n’y a pas de bruit, aucune trace de pluie. Il fait chaud et les moustiques rôdent. Au lit.

vendredi 28 avril 2006, 13262 kms
En pleine nuit, quelqu’un s’approche de la voiture avec une lampe torche, il semble qu’ils soient deux mais un seul s’approche à un mètre de nos têtes cachés par la moustiquaire. Bertrand demande « qu’est ce qu’il y a ? ». Et lui de nous répondre : « Bon j’ai appris que vous étiez ici… » « Et alors, … » « alors je suis venu vous voir quoi… » « Oui mais là tu vois on dort… » « Ah bon ? Mais vous allez me donner quelque chose ? » « Pourquoi on te donnerai quelque chose » « Parce que moi je suis, je pensais que si je viens, vous me donnerais quelque chose… » « Et bah tu t’es trompé ». On passe quelques minutes à lui expliqué que ça ne marche pas comme ça puis il s’en va en lançant un « Ok, à tout à l’heure ».Heureusement on a pris l’habitude de ces « A tout à l’heure » qui veulent toujours dire « au revoir » pour longtemps. Au réveil, quelques écoliers sont déjà autours à roder, mais ne peuvent s’attarder au risque d’être en retard en cours. On file donc rapidement avec une énorme envie de se faire un petit dej devant l’océan, sur la plage. On se pose donc après la ville de Grand Popo sur les longues plages de sable et de cocotier. On gare le def à quelques mètres de l’eau sur le sable et on sort nos quotidiennes brioches, sur lesquelles on étale notre confiture et que l’on trempe dans du lait en poudre reconstitué. Excellent ! Surtout avec une telle vue et les embruns qui rafraîchissent. On passe quelques kilomètres plus loin la frontières avec le Togo. Tous se passe bien dans un capharnaüm total de voitures, motos, scooters et piétons qui passent tous la frontières en même temps. Seul un policier nous demande en nous rendant les passeports : « Et le café du matin ? ». C’est une façon tout à fait diplomatique de demander un petit billet pour faciliter la transaction. On apprécie ce tact, mais on ne lâchera rien bien sûr. La route longe la côte et laisse entrevoir entre les cases et les cocotiers une magnifique plage. On s’y rend pour une baignade ultra sportive dans les grosses vagues et une eau d’une couleur magnifique très différente de celle du Bénin quelques kilomètres avant. Un vieil homme venu me demander de l’argent m’apprend que c’est l’usine de phosphate que l’on aperçoit au loin qui crée cette couleur style Zanzibar. On se dirige ensuite vers le Lac Togo, rendez vous important pour moi puisqu’il parait que c’est parfait pour la planche et les sport nautiques. On patrouille pas mal avant de trouver l’hôtel qui est supposer louer le matériel. Et d’un matériel, il y en a, 20 à 25 ans d’âges, près pour le musée s’il n’était pas entrain de pourrir. Et les deux vieux jets skis sont « gâtés », et ne sont pas près d’être réparés. C’est très symbolique de se pays qui ne va pas bien du tout. Je cherche désespéré un autre loueur. On m’indique de l’autre côté du Lac un hôtel où on peut tout louer, on me le certifie !
Je traverse le lac en pirogue et j’arrive dans un magnifique hotel très lécher, à côté de la maison d’un chanteur togolais connu (chez eux). Et rebelote, rien que des vieux trucs pourris ou « gâtés ». A part quelques crocodiles en cage et des singes accrochés aux arbres, rien de plus à voir ici, je repars en pirogue et fais part de mon énervement au piroguier. Il m’explique qu’à l’époque, les hôtels du coin étaient tenus par des blancs, et c’était un succès pour tout le monde. Les touristes affluaient faisant marché toutes l’économie locale. Mais le gouvernement, une espèce de dictature de plusieurs dizaines d’années qui selon le piroguier, est en place grâce à Chirac et Mitterrand, n’acceptait pas que des blancs, voir même des noirs, fassent fortune. Ils ont été chassés. Depuis l’élection truquée du fils du dictateur en début 2005, les hôtels ont été rachetés par des riches noirs incapables de gérer correctement leur business. Et l’activité est pour ainsi dire morte dans le coin. Je retrouve Bertrand qui a du parlementer fermement avec un togolais de la religion des Rastas Rasés (qui d’après lui sont obligés de fumer énormément comme le veut la religion) qui le harcèle pour avoir des euros ou des francs CFA pour sa collection…., ou en souvenir de nous…. ! On quitte Togoville sur la rive nord du Lac, pour chercher un bivouac mais la zone est cultivée à 100%, tant mieux mais il ne reste plus beaucoup de place pour être tranquille. On s’installe sous des palmiers près d’un chemin qui mène à une grande mine. Comme on a zappé, le déjeuner on s’embarque dans une spécialité du coin, l’igname et le manioc, parfait pour rassasier toutes faims.


Samedi 29 avril 2006, 13490 kms
Nous avons gagné une heure en passant au Togo. Ce matin, quand le soleil est déjà haut et que l’envie nous lever nous vient, il n’est que 06h…Nous saluons le togolais qui est venu travailler son champ dans lequel on s’est installé. Il n’a pas l’air de s’en offusquer, et n’a pas l’air non plus d’avoir remarqué les quelques plans écrasés hier soir dans le noir par les grosses roues du Def.
Une petite centaine de kilomètres nous sépare des chutes de Kpimé, notre highlight de la journée. On commence d’ailleurs à avoir une jolie collection de visites de cascades, chutes d’eau et gros bouillons. On cherche surtout à se baigner et se rafraîchir, et la marche pour y accéder fait office de randonnée. A l’arrivée sur le site, nous sommes envahis par une armée de jeunes ados qui se disent guides et veulent nous accompagner. Nous refusons, mais ils insistent et nous parlent d’autorisation nécessaire à avoir pour passer si on ne veut pas de guide. Le dialogue n’est plus courtois, et on se dit que si on doit parker le Def et le laisser avec eux autour, on pourrait le retrouver abîmé. On se laisse don convaincre de prendre un guide, Neville, avec qui on négocie le tarif dès le départ. En chemin il nous fait goûter au cacao. Le fruit ressemble à un gros avocat, dans lequel les grains (que l’on sèche ensuite pour faire le chocolat) sont enrobés d’une pellicule sucrée que l’on peut sucer, un peu comme un litchi. Sur les petits sentiers qui mènent à la cascade, nous croisons 2 bus entiers de collégiens. Ils parlent un français presque parfait et portent des habits de marque. Je trouve leur style très occidental, ça tranche avec ce qu’on oit d’habitude ici. Je comprends ensuite qu’il s’agit d’une sortie de classe d’un collège huppé de Lomé. Ça ne m’étonnerait pas qu’il y ait quelques fils de diplomates dans le lot…
L’ascension vers les chutes est intéressante, pour cet aspect socilogique et la découverte de la flore. Les chutes en elle-même sont une vraie déception. Le site est tout petit, et la saison des pluies n’est pas encore vraiment lancée ce qui fait que l’eau ne sort que tranquillement. On visite ensuite une autre chute, juste à côté, qui avec ses 100 mètres de haut, est sensé être la plus haute du pays. Il y a encore moins d’eau, on ne voit rien.
La route vers en direction de Badou et de la frontière Ghanéenne est mauvaise. Impossible d’éviter tous les trous. Le Def encaisse et ne dit rien. Pour l’instant. Nous croisons beaucoup de monde en chemin, les gens sont habillés sur leur 31, ils vont tous à la messe. C’est beau de voir comme les femmes s’apprêtent pour l’évènement. Nous croisons une fillette de 5 ans, habillée comme une duchesse, et qui n’arrive pas à marcher avec les talons qu’on lui a chaussés.
Nous trouvons facilement un emplacement pour dormir, derrière un terrain de football et à côté d’une cabane, qui est en fait l’église du village. Les gamins restent à côté de nous toute la soirée, nous offrent des mangues. En échange nous leur faisons gôuter notre recette de l’igname fris dans l’huile de palmier. Ils semblent aimer ça. Je suis attaqué par une armée de fourmis ailées attirées par la lumière de l’écran de l’ordinateur. Je rends les armes et vais me coucher.

Dimanche 30 mai 2006, 13600 kms
L’objectif du jour est d’atteindre les chutes d’Akloa, tout près de Badou qui est une ville frontalière avec le Ghana, assez charmante mais difficile d’accès. Ces chutes nous sont présentées comme les plus belle du pays, ce qui veut dire qu’on va être harcelé par les guides. Déjà plusieurs villes avant les chutes, les gens essayent de nous arrêter, nous demandent si on va voir les chutes et se propose d’être notre guide. La seule façon de continuer est de promettre qu’on ne va pas aux chutes et qu’on n’a pas besoin de guide. Mais arrivé près des chutes, c’est mission impossible, comme si un striker voulait traverser le terrain de la finale de la coupe du monde de football. On feint de passer devant l’entrée sans s’arrêter mais on est suivi par une dizaine de guides. Finalement, on lâche prise puisqu’il faut obligatoirement payer le ticket d’entrée et le guide est compris dedans. Ils nous ouvrent le bureau officiel des chutes, une petite pièce qui n’a pas été ouverte depuis des lustres, on négocie le prix qui ne nous semblent pas du tout officiel, puis on nous attribue Georges, un vieil homme rongé et bourré comme un coin. On marche une demi heure à travers une magnifique forêt tropicale, le long de multiples arbres exotiques, café, cacao, piment, bananes, ananas, mangues, fruits sauvages,…. . On passe un premier petit niveau de chute, puis un second de taille moyenne, pour arriver sur l’immense chute d’eau d’Akloa, la fameuse. 35 mètres de haut, un décor de publicité pour shampoing, une eau très froide et un souffle puissant. Absolument génial. Sur le chemin du retour, Georges, qui pue toujours l’alcool mais qui grimpe tout avec ces tongs, nous arrête entre deux arbres (pour ne pas que son chef le voit) pour nous demander de l’argent, s’en suit une querelle qui n’en finira pas jusqu’à ce qu’on claque la porte de la voiture pour partir. On cherche rapidement un bivouac pour se poser un peu au Togo plutôt que de déjà passer la frontière. On s’embarque alors dans un petit chemin sinueux un peu cassant mais dans un décor de rêve, sans savoir qu’il nous emmène vers l’enfer togolais. Comme il n’y a que peu de solution pour poser la voiture tellement la végétation est dense, on décide de passer un petit ravin et de s’installer sur une toute petit parcelle de terrain qui n’est pas cultivé, on apprendra par la suite que c’est ce qui sert de mosquée aux musulmans du village d’à côté. Comme il est impossible de ne pas être remarqué dans ces pays, les villageois viennent très vite nous observer, puis discuter avec nous. On comprend vite qu’il faut qu’on déplace la voiture pour la mettre au centre du village sur la place de l’école. En attendant que le chef du village revienne avec ces moutons, on nous emmène patienter dans une petite pièce pour se protéger des pluies diluviennes qui commence à tomber. On se retrouve enfermé dans cette minuscule pièce avec 4 hommes complètement saouls, un idiot et une grand-mère. Le plafond fuit à grosse goutte et l’atmosphère est complètement enfumée par le feux qu’il font à l’intérieur. La fumée pique aux yeux. Les 4 bourrés se mettent à nous parler de plus en plus fort, dans un mélange de dialecte, de mauvais français et de mauvais anglais, incompréhensible. Ils nous crient maintenant dans les oreilles en bégayant et postillonnant à tout va, en nous regardant de travers avec leur yeux rougis et leur trois dents jaunes. C’est surréaliste, ils nous attrapes par le bras, semblent nous poser des questions mais n’attendent aucune réponse. Ils parlent tous en même temps, c’est une catastrophe. On guette le moindre geste ou intention violent mais jusqu’ici tous va bien, ils ne tiennent pas vraiment débout. On nous fait goutter l’alcool de palme, qu’on connaissait déjà mais qu’on accepte pour ne pas les offusquer. Quelques gouttes nous brûlent les lèvres, et les voilà qu’ils s’enfilent sous nos yeux des verres culs secs. Quand ils relâchent le verre, ils ont comme un moment d’absence, le regard fixe dans le vide, comme si quelque chose ne passait pas… Puis d’un seul coup, ils éclate de rire et continue à crier. La vieille ne dit rien, elle se lève mais n’arrive pas à marcher. Elle est complètement tordue, cambrée, incapable de se tenir droite. La seule position qui la soulage est celle qu’elle a eu pendant presque toute sa vie, c'est-à-dire le dos courbé pour travailler debout mais par terre !!! Le chef du village revient enfin, on me présente un vieillard boueux qui ne parle pas vraiment, mais ses salutations montrent que nous sommes les bienvenus. A l’apéro, je sors une bouteille d’alcool de maïs, j’étais sûr d’avoir du succès mais pas à ce point là. Ils m’arrachent littéralement la bouteille avec un large sourire édenté, goutte un à un et apprécient dignement cet alcool digne de leur alcoolisme car encore plus fort que leur alcool de palme. Je ne récupère ma bouteille bien entamé qu’en leur promettant de leur en redonner après, ce que je ne ferais pas. Après une douche passer derrière un petit mur de béton assis avec un sceau d’eau froide, on nous prépare un dîner beaucoup trop épicé pour pouvoir en profiter pendant qu’eux se saoulent devant nous. Les enfants se moque de leurs parents et essayent de les faire tomber quand ils se lèvent pour marcher. Ils ont moins de 15 ans mais en paraissent le double, ils sont de toute façon plus costauds que leurs pères. Impossible en tout cas de comprendre qui est le père ou fils ou frère de qui. A chaque fois la réponse est oui, mais en poussant un peu ça devient, même père mais pas même mère, même mère mais pas même père, même mère et même père, pas les mêmes parents mais quand même mon frère,…. On abandonne en se disant qu’il se passe vraiment des trucs bizarres sous les chaumières de ces villages. D’ailleurs avec tout ces enfants et ces histoires d’adultères (un des bourrés me prend à part est me demande de soigner sa maladie qu’il a attrapé en ayant des relations sexuelles avec d’autres femmes, il m’assure qu’il n’a pas le sida, mais je ne comprends pas du tout le nom de se maladie), on ne comprend pas trop à quel moment ils fricottent. La journée les femmes travaillent non stop devant la maison, le hommes squattent dehors ou travaillent au champs, et la nuit, ils font chambre à part.
La nuit tombée, au moment de se coucher, deux garçons nous prêtent leur chambre dans une petite cahute, c’est insalubre et minuscule, mais on ne refuse pas tellement fatigué par leurs parents bourrés et la nuit dans le def par cette pluie ne serait pas plus confortable. Seulement, le plus bourrés de tous vient squatter dans la chambre en criant, se marrant non stop, un vrai moulin à parole. On n’en peu plus. Les vieilles du village, très respectées viennent lui demander de partir, mais il n’en fait rien, viennent ensuite des jeunes femmes puis ses copains, puis les enfants, qui eux auront le dernier mots en le traînant dehors par les pieds. La nuit sera horrible, recroquevillés sur une paillasse puante, réveillé par des cauchemars violents (aussi bien bertrand que moi cette fois !).

Lundi 1er mai 2006, 13831 kms
1er Mai ou pas, la journée commence tôt. Et elle commence en fanfare avec notre ami saoulard qui vient cuver son vin de palme dans notre chambre. Celui qui se nomme « Goldwings » ou « Gold wins » (leur anglais n’est pas toujours compréhensible, surtout quand ils sont ivres) nous fait son show au pied du lit. Il nous fait bien rire, mais le spectacle est quand même triste à voir, il se fait encore vider de la pièce par des adolescents du village, dont son fils qui n’est pas fier.
Avant de partir, nous nous faisons servir un petit-déjeuner à base d’igname et de sauce pimentée. Toujours trop pimentée pour que nous puissions faire honneur à toute la préparation. Nous partageons le repas avec l’adjoint du responsable de l’école primaire. C’est un homme désabusé par le système d’éducation togolais, qui déplore le manque de moyens et ne rêve que d’aller enseigner au Maroc. Il tient à nous montrer les conditions d’enseignement en nous faisant visiter l’école, qui se résume à 3 grandes cabanes, mal isolées de la pluie. Il insiste pour que nous prenions des photos. Presque tout le village est là quand nous les quittons, il nous offre des kilos de banane, d’avocats et de canne à sucre en guise de cadeaux d’adieu. Nous n’avons qu’une adresse à leur donner en retour.
Nous disons aussi au revoir au Togo. Le Ghana nous accueille après des formalités un peu laborieuses. Avec la Police, tout se passe très bien, les choses ont une tournure beaucoup plus sérieuse, rigoureuse que dans les pays francophones visités auparavant. En revanche, les douaniers ont quelques difficultés à remplir notre carnet de passage. Le chef des douanes, en tongs et polo Nike, est obligé de sortir de sa sieste…
La première chose qui frappe quand on entre au Ghana, ce sont les traces que laisse leur engagement dans la religion. 70% de la population est chrétienne, mais elle ne laisse peu de place pour les 15% de musulmans et le reste. Partout on trouve des petites églises, des publicités sur la religion et surtout des magasins aux noms très évocateurs : « Jesus Christ never fails general store », ou « Jesus loves you Hair Saloon »…Les ghanéens sont d’une extrême politesse, disent plus souvent « sorry » qu’autre chose. Ils semblent aussi plus « civilisés » que les africains francophones. On n’entend presque plus de « youfo » (pour dire le blanc) ou de « cadeau » quand on traverse les villages. Les routes me paraissent aussi plus larges, on peut donc rouler un peu plus vite en liaisons.
Nous nous arrêtons à 60 kms de Tema ce soir. Nous sommes accueillis par un agriculteur qui gère presque seul une grosse exploitation agricole, qui ressemble à un vieux ranch désaffecté. Le type est sympa, et nous l’invitons à dîner.

Mardi 2 mai 2006, 13939kms
Notre ami Jerry était définitivement peaceful, tout comme l’endroit où il vit. Ce fut un bivouac très reposant et agréable, et j’ai comme l’impression qu’ils seront nombreux comme ça au Ghana. Les ghanéens semblent appréciaient la tranquillité et le respect des autres, loin des agressions oppressantes et du manque de tact des africains francophones. La route vers Tema (le plus grand port du Ghana, à côté de la capitale) est très bonne, jalonné de contrôle de police aussi peu amusant qu’utile, de ralentisseurs, et de panneau religieux. Nous arrivons au port de Tema pour une journée administrative. Nous devons organiser le transfert de la voiture vers l’Afrique du Sud pour la suite du voyage. Nous l’envoyons par container et la rejoignons par avion. Plus facile à dire qu’à faire, c’est un enfer à organiser. Les explications données par les sociétés sont floues. C’’est le cas de le dire : on nous mène en bateau. Après plusieurs devis, on obtient un prix deux fois supérieurs à ce que nous avons budgété. On hésite vraiment à y aller par la route… Mais impossible de trouver un itinéraire sûr à travers le Nigeria, Congo, Gabon et Angola. On a plus le choix. Par chance, on trouve une société qui nous offre un bon prix pour la transport maritime, mais il faut organiser avec une autre société tout le dédouanement et la mise en container. On décide de faire confiance à une société très connue en logistique de transport maritime, ce qui nous rassure un peu compte tenu de l’enjeu. La facture est finalement divisée par deux par rapport à ce matin. On respire, mais il y a toujours la menace de taxe et de frais dont on ne nous aurait pas parlé et qui nous tomberait dessus à Durban. Let’s see. Il nous faut sortir de la ville pour trouver un bivouac dans le bush avant la nuit. Nous entrons dans un petit chemin et au bout de quelques centaines de mètres, demandons à une mama si on peut dormir dans la brousse en face de chez elle. Elle nous répond: « It’s out of question, you sleep here with my family, welcome! ». Elle nous prepare avec sa fille un excellent dîner que l’on mange avec elles (première fois que nous mangeons avec des femmes en Afrique). Nous dormons dans la voiture dans la cour centrale de sa maison, un endroit complètement peaceful, comme nos hôtes aiment le répéter.

Mercredi 03 Mai 2006, 14026 Kms
Nous n’avons pas dormi seuls cette nuit. Un intrus s’est introduit dans la voiture pendant la nuit…Au réveil nous retrouverons une mangue entamée et un avocat croqué. Il semble qu’une souris, par l’odeur alléchée, ait grimpé dans le Def pour se gaver. On ne pleurera pas nos deux légumes, mais le problème est que ces petits rongeurs mangent de tout, et même les fils électriques. On croise les doigts pour ne pas retrouver notre faisceau grignoté.
Helen, la matronne qui nous a accueilli, nous fait rencontrer le reste de sa famille. Sa sœur cultive les pastèques (watermeloons) et nous en offre deux,
Nous partons ensuite vers l’hôpital de Téma. J’ai de la fièvre depuis 2 jours, tout semble à croire que le paludisme s’offre une nouvelle visite chez moi. C’est l’occasion de découvrir un hôpital (à Bamako j’étais allé dans une petite clinique) à l’Africaine. Même si le Ghana est plus développé que ce qu’on a traversé jusque là, ça ne sent pas le progrès. Au moins 3 infirmières s’occupent de moi tour à tour. Poids, température, tension (qu’elle me fait avec un instrument qui ressemble à une vieille cafetière)…Chacune une tâche. La doctoresse qui me prend en charge pour le diagnostic est ukrainienne, s’intéresse beaucoup à notre voage…mais je dois insister pour faire une analyse sanguine. Car elle me croyait en lui disant que je pensais que c’était la malaria, et voulait me prescrire la médicamentation sans analyse sanguine. Après les résultats, on en conclut, sans certitude, que je refais une crise de palu. Mais on ne sait dire si c’est celle de Bamako qui réapparaît, ou si c’est un autre des 4 types de virus malariques.
Puis nous prenons la direction de l’aéroport pour organiser notre passage en France pour le mariage du frerot, et notre vol pour Durban en Afrique du Sud où nous irons à priori récupérer le Def après 3 semaines de croisière en Atlantique dans son conteneur. Et là mauvaise surprise, le prix du billet a presque triplé par rapport à il y a trois mois…Nous nous pouvons donc pour l’instant pas acheter le billet retour. Nous mobilisons des troupes en France pour nous aider à trouver un ticket moins cher. Nous espérons clarifier le tout demain, pour pouvoir enfin prendre la direction du Nord du pays et de la Mole Game Reserve.
En attendant nous rentrons chez nos hôtes qui nous avaient proposé de revenir ce soir. Nous ne refusons pas une telle invitation, synonyme de bonne bouffe et de sécurité.



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