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Ghana - Accra


de Africatrip, 21-05-2006

Goddbye West Africa


Jeudi 11 Mai 2006, 15554 Kms

Nous étions passés par Kumasi déjà la semaine dernière, dans notre montée vers le Nord du pays. C’est maintenant la descente, et nous regagnons la deuxième ville du pays pour la matinée. Nous devons faire quelques courses, faire du change et aller faire un tour sur internet. Mais on reste toujours plus longtemps que prévu à Kumasi, surtout à cause des embouteillages permanents qui vous aspirent pendant de longues minutes. On assiste de loin à une procession de personnes costumées qui chantent et jouent des instruments en se dirigeant vers la prison qui se trouve en plein centre ville.
Nous quittons Kumasi avec pour objectif d’atteindre Dunkwa dans le Sud, dernière grosse ville avant d’attraper la côte est, demain. La route serpente la végétation très dense, il faut être vigilent dans les nombreux virages qui donnent peu de visibilité. Ils sont traîtres pour certaines voitures ou certains camions trop chargés. Ce qui fait de ces routes des cimetières de carcasse rouillées qui n’attendent plus personne. On passe devant un accident impressionnant : un semi-remorque s’est complètement retourné dans un virage, nous devons rouler sur les restes de la cargaison de tomates étalées sur la chaussée.
Malgré cette route un peu difficile, on ne peut retenir le Def qui est une vraie bête de course. Nous sommes arrêtés par la police ghanéenne pour excès de vitesse : 66km/h au lieu de 50. Le verdict tombe : il faut comparaître devant une cours, qui nous donnera une amende. Seulement après nous pourrons reprendre notre chemin. On est plus au Maroc, et on sent que la négociation va être plus difficile. Je tente une stratégie en essayant de les attendrir en leur parlant de notre projet humanitaire et de ce qu’on a fait dans les vilages SOS. On dit qu’on vient faire la même chose au Ghana (même si on a déjà tout distribué au Mali). Et ça marche, ils se détendent un peu, nous leur donnons un bic et repartons avec un « Take care »…
Nous posons nos valises ce soir dans un coin relativement calme. Quelques femmes, amusées à la vue de blancs, s’arrêtent devant nous et nous observent. Dommage qu’on nous demande encore de l’argent.

Vendredi 12 mai 2006, 15681 kms
C’est un mystère pour nous, même quand la moustiquaire est parfaitement scellée autours de nous, on retrouve encore des moustiques à l’intérieure pendant la nuit. Au levé du soleil, à nous deux nous en avons tué plus d’une dizaine pendant la nuit, avec à chaque fois le corps gorgé de sang. Ce qui explique donc la nuit difficile. On se rend vers la plage après 1 heure et quelques de piste difficile. On arrive d’abord dans un petit village de pécheur, Dixcove, plein de charme, dominé par un superbe fort qui offre une vue magique sur la petite baie et l’activité de ses pécheurs en pirogue. Pourtant on sent que dans ce petit village étroit et plein de vie, nous ne sommes pas trop les bienvenus, surtout avec la voiture. On continue alors la route vers l’ouest le long de la côte, puisque c’est de toute façon le programme des quelques jours qui arrivent : rejoindre Téma par la côte avant de mettre la voiture en container pour l’Afrique du Sud. Quelques kilomètres plus loin, nous arrivons dans le fameux village de Busua, garons le def sur le parking d’un complexe hôtelier pour blancs, et avec quelques affaires sous le bras, nous nous rendons vers la plage. C’est un paradis qui s’offre à nous, une plage magnifique comme on n’en voit qu’en carte postale. Pour se reposer du soleil qui tape, quelques cocotiers nous dispense suffisamment d’ombre. Personne devant nous, au loin quelques pécheurs, et en face de nous à quelques miles, une île vierge de toute infrastructure. On se baigne dans une eau chaude, transparente, avec de bonnes vagues puissantes.
Bien sûr, c’était inévitable, tous les commerçants du village sont au courant que deux blancs sont sur la plage. Un défilé de faux marcheurs arrive rapidement. Ils font semblants de se balader, puis d’entamer une discussion innocente avec nous, puis nous propose une chambre dans un hôtel, une bouteille de jus de fruits pressés, des pancakes, le nettoyage de nos habits, des tartelettes, des conseils rasta, des massages, des salades de fruits…. On fait la part des choses entre « bargain » et « attrape couillon ». On se laissera tenté en tout pour une bouteille de jus de fruits pressés maison (ananas, mangues et oranges vertes, une tuerie), le nettoyage de nos habits par un petit garçon qui s’appele Eben ou Blizard, « c’est comme on veux ».
On complète le déjeuner d’une grosse assiette de riz à la sauce rouge pimentée que je vais cherchais dans la rue chez une mama, et de deux tartelettes étouffe chrétiens, dont les jeunes filles qui nous les vendent ne s’embarrasse pas de bonjour et affiche directement leur offre : « Buy one, get one free ! » ;
On passe une toute la journée sur cette plage paradisiaque, entre baignade, lecture et discussions surréalistes avec les passants. Quelques groupes de gens habillés sombrement, marche devant nous. L’une d’elles m’explique avec un grand sourire, qu’ils sont en deuil car un de leur proche vient de mourir. Ils se sont donc rassembler pour la fête qui suit traditionnellement cet évènement. Je pars me baigner un dernière foi, laissant Bertrand discuter avec un rasta, et quand je sors, sans mais lunettes, je mets u peu de temps à discerner les deux jeunes filles légèrement vêtues qui m’attendent à la sortie. Je décide d’être poli et ouvert, je discute avec elles et les emmène vers l’endroit où nous posons nos affaires. Pendant ce temps là, le rasta qui observe la scène, prévient Bertrand des intentions évidentes des deux filles. Il est vrai qu’elle ne laisse aucun doute possible et dans la discussion, nous souffle à l’oreille le programme de la soirée, avec un grand sourire. Elles ont notre âge ou un peu moins, plutôt jolies et sans aucun complexe. Comme nous avions prévu de dormir sur la plage, elles comptaient passer la soirée ou la nuit avec nous pour s’occuper de nous, comme nous faire notre dîner par exemple... Seulement l’hôtel du coin refuse de garder notre voiture sur son parking pendant que nous dormons gratuitement sur la plage. Il nous faut donc partir rapidement pour trouver un bivouac puisque la nuit tombe déjà. Ca nous donne en même temps une excuse pour échapper au plan des deux filles Nous récupérons notre sac d’habits propres, sans vérifier le contenu puisque le petit garçon avait l’air d’être de confiance, et partons dans le noire chercher une bivouac dans une palmeraie du coin. On étend les habits au retour pour qu’il sèche, il en manque… On avale quelques mangues et quelques bananes en guise de dîner puis in se couche encore un peu salé de nos baignades. Puis on se couche avec la ferme intention d’aller récupérer demain matin les habits qu’il nous manque, en soit pas grand-chose, mais pour le principe.

Samedi 13 Mai 2006, 15769 Kms

Nous partons donc en mission récupérer les habits que le gamin a essayés de nous piquer. Ca me rappelle un épisode fameux de notre jeunesse, quand nous nous étions fait voler deux voler à Lille, à une époque un groupe de gens du voyage ne s’étaient installés pas loin de chez nous. Papa avait son courage à deux mains, et surtout sa vieille Volvo, pour arriver en dérapage dans le camp de caravanes, et exiger illico le retour des vélos (il n’avait pas de preuves que c’était eux les coupables, juste une forte intuition)…et les ramener effectivement ! Je pense inutile de mettre les 3 tonnes du Def en glisse, mais au moins arriver au même résultat final.
Il ne nous faut que peu de temps pour retrouver le coupable. Il dit qu’en lavant nos habits, il a dû les déplacer plusieurs fois, et en perdre une partie ainsi. Mais nous discutons avec sa mère qui comprend bien que le petit a essayé de les voler et nous demande de le pardonner. Nous faisons un sermon au gamin. Nous profitons encore une fois de ce petit paradis pour aller se baigner. On est comme des fous dans cette eau claire et ces vagues parfaites. Une vague un peu plus forte que les autres s’approchent, je plonge, mais trop tard, ma tête est secouée, dans tous les sens, j’entends «Crac » deux fois, je viens de me faire un tour de cou. Nous revoyons aussi Laeticia, notre l’une des filles rencontrées la veille. Elle semble toujours aussi ravie de nous voir, nous propose de dormir chez elle…Alex a l’air de beaucoup lui plaire, mais la route nous apelle !
Nous prenons la direction de Funko Beach. On en parle comme le nouveau coin à la mode, avec une académie de surfers en construction. Là-bas on aperçoit pricipalement un Beach Resort en construction, et une plage certes magnifique, mais moins entretenue qu’à Busua. Nous nous préparons un plat de spaghetti sous le toît d’un de ces chantiers en construction, avec vue sur la mer. Après 3 mois de voyage, nous avons notre première crevaison, ce qui nous oblige à faire un peu de mécanique.
Nous faisons la rencontre de deux frères, Daniel et Antoine, à peu près notre âge. Une de ces confrontations que l’on a pu avoir plusieurs fois depuis que nous sommes en Afrique. C’est encore l’histoire de deux jeunes qui veulent quitter leur pays pour l’Europe, qui voient notre continent comme un paradis qu’il suffit atteindre pour avoir une vie parfaite. Je leur explique que la situation n’est pas du tout évidente pour les immigrés en France, je n’essaie pas de les décourager dans leur projet, mais de leur faire comprendre qu’il faut se préparer à une telle aventure. Nous les quittons en longeant la côte et circulant dans les ruelles d’un village de pêcheurs. Nous avons presque les roues dans leurs filets. Nous regardons la scène comme un tableau, eux nous regardent toujours avec ses yeux qui disent toujours bonjour poliment mais qui ne cachent pas leur envie devant la richesse que l’on expose.
Ce soir nous dormons encore entre les palmiers, les bambous et les champs de Kasava (entre le manioc et l’igname si j’ai bien compris), et juste devant la rivière Pra. Quelques gamins, qui ne parlent absolument pas le français, m’observent le nez dans l’écran. Il est 18h, it’s time to cook.
Dimanche 14 mai 2006, 15871kms
Enfin ! Je l’attendais presque avec impatience, notre premier scorpion vivant ! Qui ne le resta pas longtemps d’ailleurs. Nous avions bien déjà vu un scorpion au Mali, mais il était mort pendu à un arbre par les villageois comme gri-gri anti-scorpion. Ce matin, en plein petit dej, toujours observés par de calmes et attentifs spectateurs qui nous observent à quelques mètres, l’un d’eux se met à jouer avec un bâton et un truc qui traîne par terre, et nous appelle, j’aperçois le scorpion, je saute de mon siège ravi de pouvoir observer enfin cette fameuse bestiole. Celui-ci est bien gros, étrangement vert foncé, et complètement effrayé par ce qui lui tombe dessus. Finalement, John, le bourreau de 12ans l’écrase de quelques coups de bâtons.
On reprend la route vers les forts d’Elmina, forts portugais et hollandais, construit à l’époque coloniale. Ils sont face à la mer, magnifiques et encastrés dans un village de pécheurs qui grouille de vie. Seulement, comme c’est beau et connu, il y a eu des touristes avant nous. En quelques secondes, nous sommes assaillis d’insupportables glandeurs qui harcèlent les touristes pour obtenir n’importe quoi, certains ont vraiment des techniques très fines. L’un deux nous saoul autant qu’il est saoul lui-même. Le ton monte, il veut se battre, il nous insulte de tous les noms et nous suit pendant que nous marchons autour du château. A l’accueil, la réceptionniste nous annonce la couleur : on doit payer ou partir. Ah… les ghanéens, posés mais vraiment chiants. On se tire d’ici vite fait pour aller vers Cape Coast et voir un autre fort. Mais l’ambiance sera la même. On décide d’aller se poser sur une plage au calme. On arrive finalement dans un coin sympa, on y reste plusieurs heures pour lire et se reposer. Quelques visiteurs passent, nous demandent de l’argent, une adresse, ou essaye de nous vendre n’importe quoi. On aimerait passer la nuit ici, mais trop de monde nous ont vu pour être sûr d’être tranquille. On repart à la chasse au bivouac. Après quelques kilomètres de champs et de forêts, on trouve un coin sympa, mais rapidement, le propriétaire vient nous expulser parce qu’il ne croit pas à notre histoire. Il est persuadé que nous sommes des chasseurs illégaux d’escargots, et qu’une fois la nuit tombé. Nous allons voler tous les escargots de ces plantations. Attention, c’est sérieux ici les escargots, ils sont plus gros qu’une poire, et c’est un mets qu’il affectionne particulièrement. Une fois notre fausse adresse offerte, le ton s’arrange et permet une discussion plus calme, on arrose ça d’un peu d’alcool de maïs et de palmiers, et les voilà ravi, et nous laissent tranquille pour la soirée. Il faut dire une chose, les africains ne comprennent pas du tout qu’on dorme dans la brousse sans avoir peur. Donc pour quelqu’un qui pousse la réflexion, si c’est impossible que je dorme dans la brousse, c’est que je mens et que je suis venu pour autre chose : les escargot bon dieu !


Lundi 15 Mai 2006, 15977 Kms

Nous sommes réveillés cette nuit par une torche qui balaie le Def et son intérieur. Encore qui pense que nous sommes des braconniers de l’escargot. Nous lui demandons ce qu’il veut, ce qui suffit à le faire partir, sans dire mot. Le matin nous ne répondons aux appels du petit vieux à qui on avait fait goûter nos alcools, de peur qu’il nous vide nos bouteilles dans un élan de soif, à 06h00 du matin.
Notre guide nous indique la ville de Winneba comme highlight de la côte ghanéenne. C’est notre avant dernière visite avant le retour à Accra. On nous parle d’une plage magnifique et peu fréquentée. Le rêve quoi. On se met à la recherche de ce petit paradis, mais l’accès n’est pas évident. On jardine un peu avant de trouver la bonne passe, qui traverse une mangrove protégée et des salaisons avant d’arriver sur la plage. Celle-ci est splendide comme promis : bordée de cocotiers, qui s’étale sur des kilomètres… Dommage que les africains n’aient aucun sens civique pour le respect de l’environnement. Les bouteilles et sacs plastiques sont partout. Deux jeunes qui sont attirés par notre grosse voiture s’approchent, et nous demandent de les rejoindre pour aller pêcher. Nous les suivons et retrouvons un groupe d’une trentaine de pêcheurs. Ils pêchent sur la plage : un bateau dépose un gros filet près du rivage, et les hommes sur le sable tirent sur les deux bouts du filet jusqu’à le ramener entièrement sur le rivage et récupérer les poissons qui se sont faits piéger. Ca parait simple en théorie, mais c’est un travail de forçat, extrêmement physique. Il faudra environ 5 heures à tous ces hommes à pour gagner, centimètres par centimètres, les centaines de mètres du filet, en chantant pour se motiver. Alex les rejoint dans l’effort, moi mon cou me fait toujours mal, je ne peux les aider. Ce qui me permet de faire de belles photos de la scène.
Une fois le poisson attrapé, il est jeté dans le bateau qui a rejoint la plage et qui l’emmène ensuite dans le village des pêcheurs situé plus loin sur la côte. Nous sommes invités à assister à la vente du poisson. Au début on pense qu’il s’agit de la vente d’une partie du poisson au port. En fait tout le poisson est vendu dans le village. A l’arrivée du bateau, les femmes se jettent sur l’énorme barque, en tendant leurs grosses gamelles. Les hommes pêchent, les femmes achètent le poisson pour le cuisiner et ou en revendre une partie. Pour nous remercier de notre aide, on nous fait frire un bon kilo de grosses crevettes qui sont tombées dans le filet. Ca nous changera de l’igname ou du riz pour ce soir, et ça nous donnera un petit goût de nos vacances en Normandie. Avant de les quitter, nous faisons un passage obligé à la buvette du village. On nous met à la bouche un alcool de sucre de canne, ce que trop de pêcheurs enfilent après la matinée à tirer sur la corde.
Nous nous installons ce soir à côté d’une école, coincée à l’entrée d’un chantier qui ressemble à une mine à ciel ouvert. Nous devons parlementer quelques minutes avec le gardien pour lui démontrer que nous ne sommes pas méchants et avoir son accord pour passer la nuit ici.

mardi 16 mai 2006, 16152 kms
Il a plu non stop toute la nuit, et ce matin, tout est trempé. Le def n’est pas étanche mais de tout façon, on dort les portes ouvertes pour avoir de l’air. On s’empresse de prendre un énorme petit déjeuner (pour finir les stocks avant la mise en container et surtout pour s’empiffrer du délicieux sugar bred ghanéen) avant que les enfants viennent envahir l’école devant laquelle nous nous sommes installés. Le gardien de l’endroit nous donne fièrement son adresse avant de partir. Comme ça, on garde le contact, hein Donko !? On reprend la route principale de côte, en se rapprochant petit à petit d’Accra. Tellement concentré sur toute l’organisation du transport en container, on en oublie notre dernière étape avant Accra, la plage de Kokrobite. On hésite, puis on fait demi-tour pour aller rechercher cette fameuse plage, une dernière avant de quitter l’Afrique de l’Ouest. On installe le def, sur la plage à peu près déserte, entre quelques cabanes, pirogues et cocotiers. Seuls quelques jeunes passent devant nous, essayent de nous soutirer n’importe quoi puis s’en vont. Un vieux passe, il se prétend être un gardien, il nous propose je ne sais pas trop quoi puis s’en va. On passe là 2 heures à lire et profiter de la vue, toutes portes ouvertes pour faire sécher les affaires à l’intérieur. Ces 2 heures nous suffise, on reprendra la route juste après le déjeuner. Vers midi et demi, 3 jeunes viennent sur la gauche du def, proposer à Bertrand du poissons ou des coquillages, on leur explique à plusieurs reprises qu’on a besoin de rien. Puis d’un seul coup, Bertrand se retourne et me préviens que j’ai quelqu’un juste à côté de moi. Je me retourne rapidement et constate que 2 hommes de plus de 30 ans, vétus d’un simple vieux short troué, sont justes à côté de moi, dans l’ouverture de la porte, le tenant justement ouverte. Je lui fait comprendre que je le trouve un peu trop près et jette un coup d’œil autour pour essayer de comprendre la situation. Bertrand a 4 jeunes à sa porte et moi j’ai 2 vieux à ma porte, quelques enfants entre 10 et 15 ans sont devant la voiture. D’un seul coup, tout s’enflamme, mes deux voisins se jettent sur moi comme des animaux affamés. Pendant que l’un deux me tiens, l’autre essaye d’attraper le plus de chose possible dans la voiture. Il a flashé sur l’appareil photo. Je me débats contre ces 4 bras qui volent autour de moi et entend Bertrand qui fait pareil de son côté. Il se bat à essayer de fermer la porte et de démarrer, mais l’un deux arrache le trousseau. La voiture est ouverte de toute part avec autour, une armée de vautours humains. Mes deux agresseurs sont impressionnants mais assez maladroits, il relâche l’appareil photo, que je récupère dans le feu de l’action mais à deux, ils m’arrachent de la voiture et me jette par terre. On se bat sur le sable pour s’arracher cette petite pochette noire qui contient l’appareil. Je rugit et crie de toute mes forces : « Get out ! Get out, … » J’ai du leur crier ça des dizaines de fois à quelques centimètres de leur visages, sans que eux n’émettent pas un son. J’entends Bertrand qui fait de son mieux de son côté pour sauver ce qu’il peut et contenir les assauts des autres. De mon côté, l’appareil photo retombe par terre, je l’attrape et le jette dans la voiture en espérant qu’il deviendra introuvable, mais il rebondit et retombe sur le siège passager. Les deux chacals se ruent dessus, je suis battu, ils s’écartent déjà tranquillement, je regarde du côté de Bertrand, l’un des jeunes a attrapé un sac à dos. Il le vide de son contenu juste devant la voiture. Sans se soucier de nous puisque nous sommes trop occupé à sécuriser en pleine panique le reste de la voiture. Bertrand arrive à démarrer avec la clé de contact qui heureusement est restée en place quand le trousseau a été arraché. Je claque les portes arrière et retourne en rage devant la voiture, les quelques enfants qui se servaient dans le contenu du sac éparpillé par terre s’écartent et je ramasse tout ce que je peux en le remettant dans le sac qu’ils n’ont étonnamment pas pris. Je me relève avec tout ce que j’ai pu sauver, pendant que la petite troupe commence à s’éloigner progressivement, sauf un qui est encore à côté du rétroviseur de Bertrand et qui scrute, très relax, ce qu’il peut encore faire comme bonne affaire. Il aperçoit une paire de chaussures que Bertrand faisait sécher sur le capot, il les regarde, puis décide de les prendre et rejoint finalement les autres. On s’arrache du sable et commençant à les poursuivre, décider à récupérer l’appareil photo, et peut être d’autres choses qu’on a pas encore pu identifier. Dans une montée, le def s’ensable, et nous les perdons. Les quelques témoins qui ont appréciés sereinement la scène s’approche de nous et nous propose de l’aide pour pousser. Je sors toutes les plaques de désensable en un éclair. D’abord méfiant, j’accepte finalement leur aide pour partir le plus vite possible d’ici. C’est gros cons ont le culots de me demander de l’argent pour les deux mètres d’efforts fournis. Je les envois bouler, l’un deux se met entre moi et la porte, je l’ignore en passant en dessous et claque rapidement la porte, Bertrand accélère et on s’en va. On bouillonne complètement dans la voiture, en faisant l’inventaire de ce qu’ils ont piqué : ce putain d’appareil photo, et sa carte mémoire 1 Giga (mais ils n’ont pas les câbles qu’il faut pour l’utiliser), la pochette (on s’en fout), les chaussures (on s’en fout mais c’est rageant). On se torture la tête on se demandant ce qu’il pouvait y avoir d’autre dans le sac que je n’aurais pas récupérer. Heureusement, tout le reste de notre rayon d’éléctro-ménager est en place, ah non il manque les câbles de l’ipod, merde ! Bon, ça se rachète. On se pose à un carrefour où d’habitudes les voitures de police sont nombreuses, et la forcément, il n’y en a aucune. On fil vers Accra, mais on a plus d’essence et plus de monnaies locales, je fais du change en un éclair dans un petit bureau de rue, on remet quelque litres de gasoil et on part rechercher un commissariat de police. Sur la route, on se souvient que notre trousseau de clé de rechange était dans le sac, et qu’il n’y ait plus. Ces cons ont un doubles de toutes nos clés. Bertrand surveille la caisse que l’on laisse sur le parking de la station Total pendant que je cours au commissariat. Sur place ils me font attendre une éternité, j’écris plusieurs fois l’histoire, puis l’inspecteur repard flaner dehors, s’achète des cacahuètes, s’en empiffre pendant qu’il discute au téléphone puis disparaît encore. Je suis à deux doigts d’abandonner saouler par l’attente inutile et les cris de toutes les affaires conjugales qui se règlent autours de moi pendant que le staff en uniforme rigole et s’empiffre. D’ailleiurs ils sont tous gros dans ce commissariat. Finalement on m’attribue deux hommes pour aller faire un tour sur place et tenter de reconnaître un coupable. Mais ils n’ont pas de voiture. Je me glisse derrière, Bertrand conduit, ils sont à deux sur le siège passager. Je leur demande comment ils peuvent arrêter qui que ce soit sans armes, ils ne trouve comme seul réponse : « bah, c’est ça le problème… ». Je leur demande s’ils ont un téléphone pour appeler du renfort au cas où, et pour seule réponse : « Oui mais j’ai plus de crédite, moins que tu m’en achètes ». On suggère que ce n’est as très futé de retourner dans le village avec notre voiture, ils se cacheront tous dès qu’ils nous apercevront. On propose de finir en Taxi, mais ils ne veulent pas payer et commence à s’énerver par qu’on ne veut rien leur payer : « Mince, c’est l’Afrique ici, c’est pas comme chez vous ! » On arrive sur place, mais forcément, les voleurs ne sont pas restés là à nous attendre. Bertrand fouille la zone où a eu lieu l’action, en espérant retrouver quelque chose, mais en vain vu que beaucoup de gosse ont du faire la même chose entre temps. Je pars pendant ce temps là vers le village le pus proche accompagner des deux flics pour essayer d’en repérer un. Véritable chasse à l’homme. Les deux policiers reste quelques mètres derrière moi parce que même s’ils sont sensé m’aider, ils ne sont pas trop fiers. Donc je travers les cahutes, les maisons, les cours, les pirogues, à la recherche d’un visage que je pourrais reconnaître. C’est un enfer, tout le monde est au courant de ce qui a eu lieu quelques heures plutôt, ça se sent, donc ils savent que je cherche un coupable. Je suis encore suffisamment en rage pour ne pas avoir peur. Je m’approche d’eux à quelques mètres, plonge m’ont regard dans les leurs, c’est au premier qui baissera le regard. Un duel sang pour cent testostérone. Les femmes aussi me dévisage, mais elles s’en fouttent, elles ont d’autres occupations. Certains baissent les yeux comme s’ils ne faisaient tout pour que je ne les reconnaisse pas. Jamais un noir ne m’a paru autant ressembler à un autre noir. Et jamais je n’ai eu aussi peu d’estime pour eux. Ils nient tous en bloc, par peur de représailles, par solidarité et par haines des blancs. On repart bredouille à la voiture. On redépose les flics, puis continuons la route de nuit vers Téma puis vers New Ningo où des français nous hébergeront pour deux jours le temps d’organiser notre départ. Après 1 heure d’embouteillage et 1 heure de conduite sportive au milieu des nuages de millions de thermites qui s’écrase sue la voiture, on arrive à New Ningo. On demande notre chemin, mais les quelques saoulards qui nous répondent ont du mal à débiter quelque chose de cohérents. On arrive finalement dans une superbe propriété que Gérard et sa femme ont construit à leur manière depuis une dizaine d’année. On se perd un peu entre les bâtiments, les allées et les portes. Catherine nous montre nos appartements, une petite maison tout confort à quelques mètres de chez eux. Un repas chaud nous attend après notre douche réparatrice.




Mercredi 17 Mai 2006, 16152 Kms

Nous découvrons ce matin avec la lumière du jour le petit paradis dans lequel nous sommes accueillis depuis hier soir. Le confort dans la chambre, ce n’est pas que la clim, c’est aussi le bruit des vagues…Ca ne m’a pas empêché de repenser cette nuit à notre agression et de refaire le scénario dans ma tête, en repensant à tous les détails qui auraient pu nous aider, mais à d’autres raisons qui font que ça aurait pu prendre une tournure beaucoup plus sérieuse. Gérard et Catherine qui nous accueillent sont un couple de français, installé au Ghana depuis une quinzaine d’années, et habitent New Ningo, une petite ville au bord qui a les pieds dans l’eau, à une demi-heure de Téma.
Nous passons la matinée avec Gérard à déambuler autour de chez lui et le long de la mer. Il nous explique le développement rapide de la zone, les perspectives économiques réjouissantes avec la croissance de la région d’Accra et les projets immobiliers intéressants que l’on pourrait monter dans le coin. Il nous montre l’avancée inquiétante de la mer qui mange des maisons chaque année, nous voyons ainsi certaines maisons qui ont le salon suspendu en l’air, et le reste sur la terre ferme.
Cette après-midi, nous mettons de l’ordre dans le Def avant sa mise en cage pour 1 mois dans un conteneur. C’est l’occasion de faire un grand nettoyage et un bilan matériel après 3 mois de voyage. Nous sommes globalement très satisfaits de notre matériel, que ce soit la voiture, l’aménagement que l’on a fabriqué, ou le reste du matériel emmené. Les seuls soucis techniques, apparus sur la voiture étaient facilement réparables par nous-mêmes. Sauf la pompe immergée, qui fut un épisode un peu plus compliqué à régler. Nous vidons la voiture complètement et étalons tout sur une bâche. Chaque chose qui veut retrouver sa place dans la voiture est nettoyée avant. On ressort de la poussière attrapée dès les premières pistes africaines, et que le Def est incapable de garder dehors. On en profite aussi pour réorganiser notre rangement, en essayant de l’optimiser.
Nous dînons ce soir un vrai festin en compagnie de Catherine et Gérard et de leur petit garçon Louis-Gérard. Je tombe dingue devant le sorbet à la noix de coco fait maison avec les noix du jardin. Puis nous préparons nos sacs, demain nous dirons au revoir à l’Afrique de l’ouest qui nous aura tendue ses bras pendant 3 mois.

jeudi 18 mai 2006, 16192 kms
Tiens, je me réveille dans un bon lit avec de la clim… je rêve ou quoi… Il me faut un bon bout de temps pour comprendre où je suis. Ca m’arrive souvent vu qu’en 85 nuits, il y a du y avoir 80 endroits differents. En tout cas ça donne le moral, surtout quand c’est suivi d’un bain dans une piscine à 30 degrés et un petit dej délicieux sous les palmiers le long de la piscine. On quitte ce petit paradis pour rejoindre le port de Téma. On se rend dans les bureaux de la société Maersk qui s’occupe de la logistique de dédouanement et de mise en container. Sur la zone de mise en container, on passe 5 heures sous un soleil de plomb, à sangler solidement le def dans son container. Le def passe au chausse pieds dedans. Pendant ce temps, on discute religion, économie et emploie avec Paul, le ghanéen super sympa, qui travaille chez Maersk et qui s’occupe de notre dossier. On retourne ensuite dans leur bureaux pour payer, on lui laisse alors une grosse enveloppe en cash de 4,800,000.00 de dédis, ça impressionne en volume de billets, mais ça ne fait que 417, 4 euros. C’est sûrement la monnaie la plus ridicule qu’on est vu en Afrique de l’ouest. On insiste pour que quelqu’un nous conduise à l’aéroport d’Accra, donc le société Maersk nous affrète un taxi, et nous voilà partis pour des heures d’attente avant le décolage. On a cette sensation, qui n’est pas négative d’ailleurs, d’avoir bien fait le tour de l’Afrique de l’ouest (même si on n’a pas fait strictement tous le pays). On a l’impression de l’avoir bien comprise en tout cas. Bien sûr, il reste dans certains pays quelques zones géniales qui méritent qu’on y revienne. On a laissé au Maroc, au Mali ou au Niger quelques trésors qu’il faudra revenir voir. Notre parcours nous a emmené dans les plus beaux coins de cette Afrique de l’ouest, avec un panel bien complets des cultures, des climats et des paysages. Si on se lance dans le jeu des coups de cœur. On retiendra l’ensemble du Maroc (Essaouira, le Haut Atlas, Les plages blanches, Marrakech), une perle à part dans l’Afrique, le Mali (pays Dogon, chutes de Keita, Mopti, Djenné, Gao), l’ensemble du Bénin et le Ghana. Ah oui, aussi l’île de Gorée au Sénégal, et puis plein d’autres endroits magiques.
On retiendra, sans tabou, les francophones oppressants, parlant mal le français, pauvres, vivant dans une autre époque, mais très joyeux, pétillants, et souriants. On retiendra, les anglophones, parlant mal l’anglais, qui tirent toujours la tronche, sans aucun sens de l’humour, mais posés et calmes. On retiendra que les musulmans, sans aucun liens pourtant avec les anglophones, sont également pas drôles du tout, et ont le mode de vie le plus différents du notre (notamment avec la place de la femme et de la religion dans leur vie quotidienne). On retiendra qu’on a vu des milliers de femmes magnifiques en Afrique noir, mais qu’on en a pas vu beaucoup au Maroc, de toute façon, on ne peut pas les voir au Maroc… On retiendra le rôle incroyable de la femme en Afrique noire, la clé de voûte des ces population, le moteur de toute la vie de famille. On retiendra le bonheur et la joie de vivre des ces enfants d’Afrique noire, naïfs et inconscients de ce qui se passe. On retiendra le boulet énorme que représente la gente masculine, bornée, paresseuse et avide d’argent. On retiendra que les noirs africains, et même les enfants qui marche à peine, sont des danseurs incroyables. Un régale pour les yeux. On retiendra le poids de la religion, des croyances, des traditions, et des hommes, qui semble être souvent un frein énorme au progrès économique et sociale, sûrement l’un des débats les plus difficiles et incontournables de l’Afrique de l’ouest et sûrement d’ailleurs. On retiendra l’immense quantité de tribus, peuples, communautés, ou sous n’importe quelles formes, qui n’ont pas de frontières et qui semble prendre le dessus sur les véritables frontières administratives. On retiendra que les dialectes prennent souvent le dessus sur les langues officielles nationales, ce qui traduit les problèmes d’éducation, d’illettrisme, et le manque d’ouverture sur l’extérieure ou d’intégration dans le monde. On retiendra les fruits juteux et surabondants, la nature fait parfois des merveilles. On retiendra que les réseaux routiers sont pourris, toujours en travaux, d’ailleurs ça construit toujours partout en Afrique, mais la question est de savoir s’ils vont finir ou pas le chantiers, ou combien de temps va résister la construction. On retiendra que l’uniforme à tendance à abrutir et pervertir celui qui le porte. D’ailleurs globalement, les officiels ou les gouvernements sont des boulets pour l’Afrique. On retiendra que tout en Afrique est « grâce à dieu », jamais grâce ou à cause de quelqu’un. On ne se souviendra d’aucun mauritaniens qui n’est pas essayé, un moment ou un autre de nous escroquer. On retiendra le plaisir qu’on a eu a préparer notre repas le soir, au milieu de la nature plus vivante que jamais, en se relaxant. On retiendra que le def est un voyageur hors pair, mais assez inconfortable, que le Toyota reste le roi en Afrique. On retiendra le très mauvais moment passé sur la plage de Kokrobite Beach, qui servira d’avertissement pour la suite, mais qui n’a pourtant pas eu lieu au moment où nous prenions le plus de risque. On retiendra les litres de sueurs perdus, les litres d’eau engloutis, les innombrables piqûres de moustiques tueuses de sommeil. On retiendra qu’il n’y vraiment pas du tout de blancs en Afrique noire. Ca paraît assez évident, mais nos cultures occidentales sont à côté un merveilleux exemple de melting pot et de diversité raciales. Cela explique pourquoi on nous regarde comme ça dans la rue. Les seuls blancs sont quelques expatriés ou quelques voyageurs comme nous, autant dire très très peu. On retiendra leur envie dingue de venir en Europe, qu’ils considèrent être le paradis et la vie facile. Et ce, par n’importe quel moyen. On retiendra la débrouillardise de certain, mais pas toujours utilisé à bon escient. On retiendra que tout en Afrique de l’ouest est financé par les européens. On retiendra la merveilleuse façon qu’ont les femmes de rire, en se tordant et en se frappant les mains. On retiendra en fait des milliards de chose, des flashs, des visions, des impressions, des sensations, négatives et positives. Des milliards de choses qui sont la raison de notre Tour d’Afrique. On peut imaginer beaucoup de chose sur l’Afrique et se dire que tout a été dit, mais tout est différent en le vivant de l’intérieur. On ne peut véritablement comprendre, et encore, on ne comprend pas vraiment toujours, qu’en mangeant avec eux, en dormant à côté d’eux, en riant avec eux, en marchandant avec eux, en se battant avec eux. On nous a souvent demandé ce qu’on faisait en Afrique. Je n’aime pas l’appellation de touriste. Une connotation beaucoup trop égoïste, du quelqu’un qui consomme, qui détruit, et qui s’en va sans comprendre où il était. Voyageur me conviendrait mieux. Ce voyage en Afrique de l’ouest a été unique, on a hate d’entamer la remonter pour voir d’autres visage de l’Afrique, on a hate de voir d’autre partie du monde.

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