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Ethiopie - addis abeba


de Africatrip, 27-09-2006

Du Kenya a l Ethiopie


lundi 18 septembre 2006, 26777kms
Le petit déjeuner est déjà près sur la terrasse quand on se lève. On le prend en compagnie de Didier et d’un ami à lui qui lui rend souvent visite depuis qu’il a pris sa retraite. On enchaîne illico vers l’ambassade éthiopienne pour obtenir nos Visas. Même si ça prend un peu plus de temps que prévu et qu’il sont un peu pointilleux sur les documents à fournir, ils sont impressionnants de professionnalisme et de rapidité dans cette ambassade, c’est assez rare pour le dire. Bref plusieurs heures après on obtient nos visas, éthiopien et en plus pour pas grand-chose comparé aux autres pays d’afrique de l’est. On rencontre Alfredo, un espagnol qui remonte comme nous vers le nord. On se propose de le monter jusqu’à Isiolo demain en voiture (6 heures de routes). On rentre ensuite vers la maison de didier pour faire un check up de la voiture, mais il nous faut de l’huile pour la vidange, on court des heures dans tout Nairobi pour trouver de la bonne huile, mais c’est mission impossible. Le choix est nul et c’est étonnamment très cher. Les embouteillages incessants ne nous remonte pas le moral, heureusement qu’il y a les massais sur dromadaire pour mettre un peu d’exotisme dans ce bordel. Arrivé à la maison , on s’occupe de notre entretien. Puis on prend l’apero avec 2 françaises qui viennent de finir 1 semaine de safari au Kenya. On dîne tous ensemble avec les 2 françaises, Claudio et Didier avant de discuter de notre itinéraire au Lac Turkana qui s’annonce être une aventure plutôt dingue, autour du feu de cheminée.

Mardi 19 septembre 2006, 27157 kms
Un grand merci à Didier qui nous a accueilli au top pendant deux jours. Avec lui nous avons étudié notre itinéraire de remontée, que nous attaquons dès ce matin en quittant Nairobi par la route qui nous mène à Isiolo. Nous prenons en chemin Alfredo, qui passera la journée avec nous.Lui, s’est fait refouler à la frontière éthiopienne car il n’avait pas le visa. Nous nous racontons nos aventures respectives en Afrique. On apprend toujours du voyage des autres.
Nous faisons une escale à Nanyuki, où nous nous régalons dans un boui-boui que connaît Alfredo. Pour 1€, nous mangeons tous les trois un plat de Ghitteri (mélange de maïs, haricots rouges et pomme de terre) et un chapatti. On se régale et en plus ça tient au ventre. La route est assez bonne jusqu’Isiolo où une pluie tropicale s’abat sur nous. La visibilité est extrêmement réduite, il faut être vigilent car sous les flaques se cachent parfois des trous bien profonds. Nous quittons Alfredo qui va continuer sa route vers le Nord en essayant de trouver une place dans un camion. Nous faisons le plein, et les locaux qui se sont réfugiés sous le grand parapluie formé par la station-service, se jettent sur nous pour nous proposer des babioles ou des services.
A la sortie d’Isiolo, on quitte à la fois le Kenya le bitume, la civilisation, mais aussi la verdure. Place au semi-désert, avec des rochers et des acacias. Très vite nous voyons des chameaux, des autruches et de petites gazelles. Ici il ne pleut plus, car on s’est éloigné des gros nuages qui se bloquent autour du Mont Kenya. La piste est cassante, les vibrations causées par la tôle ondulée nous remontent jusque dans le dos. Nous dégonflons donc un peu les pneus pour diminuer la casse.
Nous nous réfugions dans un camping de la Kalama Wildlife community. C’est comme un parc national, mais en plus petit, et avec moins d’animaux. Le garde à l’entrée nous dit ouvertement qu’en ce moment on voit peu d’animaux sauvages. Il est très vendeur…On négocie donc de rentrer dans la réserve sans payer l’entrée, juste le camping. On a RDV avec un garde sur la route pour qu’il nous emmène au camping. En effet on aurait eu du mal à le repérer parce que leur définition de camping se résume à un endroit où on a dégagé les herbes. Pas d’eau, pas d’électricité. Nous sommes devant le lit d’une rivière asséchée. Le gardien revient en tenue militaire. Il nous explique qu’il va dormir avec nous. Vu la taille de son fusil, je pense que même les moustiques ne vont pas se risquer à rôder autour de nous. Un autre rangers armé le rejoint plus tard, ça commence à faire beaucoup juste pour nous deux.
Dans la soirée nous provoquons un peu les rangers en leur demandant où sont passé les animaux du parc, on entend bien quelques cris de hyènes au loin, mais il se pourrait que ce soit d’un autre parc. L’un des gardes, plus vif que l’autre même s’il sent l’alcool, nous propose un night game drive, un tour en 4x4 dans le parc en pleine nuit, pour aller observer les animaux. On part donc à trois, deux devant et un sur le toit, avec nos feux hautes portées allumés, à rouler dans la nature à la recherche d’animaux. On rentrera bredouille, enfin c’est tout comme, à part des lièvres, des chats sauvages et des écureuils. On essaye toute les zones d’eaux, mais pas un animal pour se rassasier. Le rangers sent bien qu’il doit se justifier sur ce calme plat. EN fait, la parc date de 2001, donc « assez nouveau » pour eux, et rien n’est près. Notre camping, c’est en plein milieu de la nature avec les rangers qui dorment par terre à côté de nous, lez zones d’eau sont en train d’être aménagées artificiellement pour attirer les animaux en saison sèche. Mais le gros du problème c’est qu’il existe un arbre dans cette région qui pousse très facilement et qui prend le dessus sur le reste de la végétation. D’un part il rend la brousse tellement dense qu’on a du mal à voir les animaux, d’autre part, il empêche l’herbe de pousser. Donc pas d’herbe, pas d’herbivore, pas d’herbivore, pas de prédateur, pas de prédateur, pas de client, pas de dollars. Il faut donc y remédier, ils ont employés des scientifiques pour trouver un moyen d’éradiquer cet arbre qui empêche les dollars de pousser… euh l’herbe, pardon.

mercredi 20 septembre 2006, 27491kms
Je ne dors que d’un œil en regardant le feux s’éteindre puis se rallumer grâce au rangers qui l’alimentent. Mon simple drap maasai me suffit tellement il fait bon. C’est peut être le lariam qui fait ça, Bertrand et moi dormons mal. Lui délire toute la nuit, genre cauchemars, et moi je psychote sur les rangers armé qui pourraient appeler des potes avec leur talkies pour venir nous piller. A 6 heures du mat, pas de pilleurs, mais un jolie lever de soleil sur la savane. On prend un rapide petit dej et on pli le camp. Al a sortie du parc, le gardien nous fait un cinéma énorme en disant qu’il n’a peu pas nous rendre notre monnaie sur le billet de 1000 shillings à moins qu’on l’emmène faire du change en ville. Il a bien cru qu’on aller lui laisser le biftons, mais rien du tout, on insiste pour qu’il redemande à ses collègues, puis va voir un guerrier Samburu qui traîne à côté et qu’il sort de son étoffes quelques billets, pas assez, mais bon, c’est mieux que rien. On reprend la route vers Wamba, très belle mais avec beaucoup de tôle ondulée, très cassante. On tente de rouler au pas et d’éviter la poussière des autres véhicules, rare quand même, qui nous double. On croise des centaines de Samburu, qui habite majoritairement cette région. IL ressemble beaucoup aux Maasai, et sont même encore plus traditionnelles parfois. Les jeunes guerriers (moranes) ont des peintures sur le corps et des perles sur la tête et même une espèce de crête de plumes sur le crâne. Impressionnant, ils sont superbe, mais ils n’ont pas l’air très fun. Les femmes portent un énorme paquet de colliers de perles. On dirait qu’elles en mettent le plus possible, ça s’empile autour du cou sur plus de 10 cms de haut et parfois 40cms de diamètres. C’est mardi gras tous les jours… Pus sérieusement, il dommage de voir un peuple si intéressant passer ça journée à mendier au bord de la route. En fait ils sont principalement éleveurs de bétails, et pendant la journée ils marchent le long des routes pour surveiller leurs troupeaux, de vache, chèvres, moutons,ou dromadaires. Et dès qu’ils entendent une voiture, ils tendent les bras désespérément. On roule comme ça pendant des heures, à travers des paysages complètement dingue et une route de plus en plus difficile, on s’éclate avec le def, en traversant des petites rivières ou en grimpant des collines. Une première frayeur nous réveille, un casseur de pierre fait se met sur la route et s’apprête à balancer des pierres sur les voitures. Il tend son bras à notre arrivée, puis se ravise en se marrant, c’était du bluff, ouf ! Deuxième frayeur, après Maralal et ses pluies diluviennes, on retrouve le soleil, et des paysans sortent de la brousse avec des fusils à la main. Ils font signe d’arrêter, la route est très cassante donc on ne peut pas accélérer, on est obligé de passer au ralenti à côté d’eux, en les ignorant le plus possible. Mais ils se font de plus en plus pressants. Ca passe finalement sans problème, mais le scénario va se répéter plusieurs fois dans l’après midi. A chaque fois, notre cœur bat la chamade mais on passe le plus vite possible. On pense qu’ils sont de simple paysans qui gardent terres et troupeaux, mais armés pour intimider les peuples voisins avec qui ils se battent sans arrêt à cause des vols de bétails. On nous a dit que les bergers armés étaient fréquents en Ethiopie mais je ne m’attendais pas à en voir ici. En tout cas, je ne m’arrête pas pour vérifier compte tenu de la réputation de la région. A Baragoi, on arrive sur un paysage de plaines entouré des Samburu Hills, sans doute parmi ce qu’on a vu de plus beaux en Afrique. On se rince les yeux. Ca nous fait tenir jusqu’à 18 heures quand on arrive enfin à South Horr, après 11 heures de pistes et 314 kms parcourus. On arrive crevés dans cette petite ville planté dans un oasis, on demande à une mission catholique de nous laisser dormir devant chez eux, le pères italiens, pas très fun, accepte néanmoins sans problème. On s’installe, pendant que les enfants curieux nous regardent. Dès qu’on retrouve un peu de tranquillité, on se cuisine un ugali costaud avec des fruits de la passion en dessert.

Jeudi 21 septembre 2006, 21584 Kms
L’objectif du jour est d’atteindre le lac Turkana. Il y a peu de kilomètres à parcourir, mais la route est très difficile. Après les quelques kilomètres de sable à la sortie de South Horr, nous roulons sur un mélange terre/cailloux pour finir avec que des pierres quand nous approchons du lac. Là les cailloux entaillent les pneus (mais sans crever, quel miracle…) et tapent parfois sous le pont arrière de la voiture. En plus de la route cassante, la chaleur est au rendez-vous. Le vent chauffé par le désert rend cette zone particulièrement chaude. Chaque année, près de 10 mètres d’eau partent du lac en évaporation. La voiture et nous sommes mis à rude épreuve. Mais la récompense est bien là. La lac Turkana (qu’on voit plusieurs fois dans le film The Constant Gardener) s’offre à nos yeux soudainement comme une grande tâche bleu ciel au milieu de ces montagnes grises. On l’appelle aussi la Jade Sea (La Mer de Jade) en raison de la couleur magnifique de son eau. Avec la chaleur, le vent, la terre inexploitable à cause des cailloux, on pourrait penser que personne ne viendrait poser ses valises ici. Et pourtant des gens vivent sur les rives du lac. Principalement d’élevage (beaucoup de chameaux, finalement à l’aise dans cet environnement, biquettes) et de pêche. On trouve aussi sur les rives parmi les plus gros crocodiles d’Afrique.
Après 93 kms en 5 heures de route…nous atteignions enfin Loiyangalani, village accroché à la rive sud-est du lac. Nous sommes déjà accrochés par des gens du village qui veulent nous montrer un endroit pour dormir ou nous vendre du poisson. Nous resterons finalement à la mission. Nous sommes accueillis par le père Simon, qui nous montre le hamac, la piscine…La mission catholique est un endroit agréable car le seul lieu de verdure du village car ici on arrose grâce à une source qui crache de l’eau chaude sortie du ventre de la terre, 24h24 depuis toujours. Ca sert aussi à remplir la piscine, dont nous ne pouvons refuser l’appel. Je n’avais jamais nagé dans une eau aussi chaude. Le père Simon nous rejoint pour la baignade. Il nous fait rire en disant qu’il ne veut pas aller à la messe car il n’est pas de service, ou encore que Zidane a eu raison de mettre un coup de boule au joueur italien. Drôle de jugement pour un prêtre.
Nous dînons avec les prêtres. Du poisson frais au menu. Ca aurait pu être de la perche du Nil, qui est aussi pêchée dans le lac. Et qui me fait penser à un autre film, Le Cauchemar de Darwin, dont l’action se passe non loin d’ici, au lac Victoria.
Je reçois sur le téléphone satellite des nouvelles de mon Héloïse que j’aime tant et qui aurait été trop heureuse de se baigner aujourd’hui dans les eaux du Turkana…

vendredi 22 septembre 20062, 7885kms
Nous prenons la route vers 7h30 après avoir quitter la mission en embarquant un jeune étudiant de 16 ans qui doit nous guider jusqu’à Marsabit. Benjamin, notre jeune guide est tellement fier d’être assis dans le 4x4 qu’il fait signe à tout le monde dans le village. Il parade comme un président. Il est censé connaître la route parfaitement mais c’est un désastre. Il se trompe plusieurs fois et on serait bien perdu sans l’aide de vieilles femmes ou guerriers samburus pour nous indiquer la route. Nos réserves de carburants diminue et nous n’avons plus le droit à l’erreur. On arrête d’écouter Benjamin et ne faisons confiance plus qu’à la carte et à la boussole. Sur la route des jeunes filles Turkana dans leur tenue si… légère nous courent après pour avoir de l’eau, on ne peut refuser, on accepte de remplir leur jerrycan à condition qu’elles acceptent…l’appareil photo ! Impossible, elles partent en courant des que je le sors. On remplie quand même leurs jerrycans et je fais semblant de ranger l’appareil pendant que j’appuie des dizaines de fois sur le déclencheur en espérant en avoir une cadrée. Une vieille femme nous renseigne aussi sur la route, on lui offre à boire, elle refuse les photos, boit son verre et appelle sa famille. Ca sent le roussi, on file. Sur la route on croise quelques Samburus superbement habillés, définitivement mieux que les maasais. Mais on a quelques difficultés à les différencier des Turkana. Pourtant eux, ils se tapent tellement dessus les uns contre les autres qu’ils doivent bien y arriver. La route est incroyable, on traverse le Chalbi desert. C’est notre quatrième désert traversé depuis le début de l’africatrip : le sahara, le karoo, le namib et en fin ce superbe chalbi desert. Après quelques heures de pistes très difficiles, on s’offre quelques heures de sable parfaitement lisse, changeant tout le temps de couleur. On traverse un seul petit village complètement mort, les enfants s’effrayaient, quelques hommes accourent vers nous, je crois voir l’un deux ramasser des pierres par terre, je dis à Bertrand d’accélérer. On termine par quelques heures de piste très cassante, les pneus prennent un gros coup au moral. On approche de Marsabit, on voit de plus en plus d’armes. La ville est glauque, dernière étape obligatoire entre la frontière éthiopienne 260kms et le sud du pays. Tout est vétuste mais il y a un peu de vie, ça sent la ville de transit. Les hommes armés de lances ou d’épées côtoient les hommes armés de fusils mitraillette. On drop notre guide, insupportable et inutile, rajoutons du gasoil pour demain et rejoignons la maison du suisse Henry Roman, à l’entrée de la ville. C’est un ancien frère de mission catholique reconverti en père de très grand famille, marié à une locale. 7 enfants qui courent partout dans nos pattes. On s’installe derrière leur maison dans un jardin aménagé pour les quelques campeurs qu’ils accueillent. On achète un bon gros pain fait par sa femme ce matin et préparons pour le dîner une bonne casserole d’ugali. Pas de moustique ce soir mais une tempête de vent, obligé de dormir portes fermées.



Samedi 23 septembre 2006, 28143 Kms
Le vent ne s’est pas calmé pendant la nuit, rendant le sommeil plus difficile. Nous nous levons avec le soleil. On profite des jolies couleurs du matin, le désert prend des tons orangés pendant quelques minutes.
A la sortie de la ville, un poste de police nous confirment qu’il n’est pas nécessaire de faire la route Marsabit / Moyale en convoi. La secteur est redevenu sécurisé, on peut donc faire les 250 kilomètres de désert qui nous séparent de la frontière éthiopienne, librement, seul. Nous ne croisons pas grand monde, à part des chameliers et quelques gosses. La route est assez mauvaise, nous voyons nos pneus arrière se dégrader à vue d’œil. On ne peut pas dépasser les 30 km/h de moyenne pendant les 100 premiers kilomètres, jusqu’à la ville de Sololo. Et là , à un point de police de passage, un flic s’étonne de ne pas nous voir avec un « scout », autrement dit un mec armé que l’on prend dans la voiture au cas où on croiserait quelqu’un de mal intentionné. Ils nous parlent d’une attaque de bandits qui a eue lieu hier sur la suite du parcours. Il nous propose un prix élevé pour qu’on le prenne dans la voiture pour faire la centaine de kilomètres qui reste. Mais nous avons du mal à le croire, on le soupçonne vraiment d’inventer cette histoire pour nous convaincre de le prendre avec nous. Et évidemment il n’a pas de feuille de tarifs officiels à nous montrer. Nous sommes sceptiques, mais malheureusement, même s’il essaie de se faire du beurre sur le dos de blancs, nous ne pouvons pas prendre de risque, et lui offrons le siège passager à l’avant du Def, après avoir négocié 30% de son prix.
Comme on pouvait le supposer, et c’est mieux comme ça, nous ne croisons personne sur le reste de la route. Le policier n’est pas très bavard. Nous non plus, il sent bien que nous avons l’impression de se faire avoir. En arrivant à Moyale, il sera bien sûr incapable de nous fournir le reçu que nous lui exigeons…
Après un épisode passeport/douane rapide, nous quittons le beau Kenya pour l’Ethiopie. Ce pays est un mystère, tant de gens en parlent comme quelque chose de si différent du reste de l’Afrique. C’est le seul pays du continent qui n’a pas été colonisé. Les choses changent après la vulgaire barre métallique qui fait office de passage de frontière. Nous retrouvons la conduite à droite et volant à gauche, depuis l’Afrique du Sud on nous forçait à conduire du mauvais côté…Et les gens sont différents. La transition avait déjà été amorcée avec le Kenya. Ils sont plus typés, plus fins. Les femmes sont belles, grandes. Ils nous regardent dans les yeux comme s’ils n’avaient jamais vu peau blanche. On se fait appeler dans les rues « You, You, You…How are You… ». Les formalités de passage se font bien. On nous avait fait faire des photocopies du carnet à Nairobi, qui finalement ne serviront à rien. Le gars des douanes remplit des formulaires de papiers à rallonge, et ne prend pas la partie détachable du carnet qui lui est dûe. Ici on ne fait pas comme les autres. Devant le bureau d’immigration, un gars me traite d’américain, de mec pas sympa qui dit des choses pas sympas sur l’Ethiopie. Alors que je n’ai pas ouvert la bouche, j’ai simplement refusé de me faire avoir en faisant du change avec lui. Nous nous installons à l’hôtel Ghion. Pour même pas 2€, nous mettons le Def dans la cour de l’hôtel. Pour 4€ nous pourrions dormir dans une chambre pour 4 !
Nous nous promenons dans la ville, les « You, You » continuent à pleuvoir. Mais apparemment ils ont l’air amusé, leur regard n’est pas agressif. Nous dînons pour même pas 1€ pour nous deux, un plat à base d’injera (le chapati local, mais qui se rapproche plus de notre crêpe bretonne, et surtout qui fait la taille d’un T-shirt) et de légumes. Nous mangeons, buvons un Coca par-dessus pour être sûr que ça passe sans faire de dégâts, et observons la scène de la rue.
Nous rentrons ensuite à l’hôtel quand la nuit tombe. Tous les locaux ont une bosse sur la joue. Ils machent le « qat », prononcé [tchat], une plante qui leur permet de se sentir bien…Faudra qu’on essaie un de ces quatre !

dimanche 24 septembre 2006, 28721kms
Des énormes piqûres apparaissent pendant la nuit sur notre peau, de plusieurs centimètres de long. Beaucoup plus que celles des moustiques. Elles démangent pas mal, et les produit calmant ont du mal changer la tendance. En plus de c’est piqûres, les moustiques s’invite à la fête. On s’asperge tellement de produit qu’on a du mal à respirer. Avec tout ça on ne dort pas vraiment, on serait presque près à reprendre la route vers minuit/une heure. Le gardien de l’hôtel vient taper à notre fenêtre, il réclame son argent et un numéro de passeport. Je lui demande d’attendre demain matin, mais rien à faire, la « mama » exige son argent. Ce matin, une des biquettes qui dormait à côté de nous a été détaché de son arbre. On l’emmène de force derrière un mur, elle ressort une heure plus tard sur un plateau en une douzaine de magnifiques morceaux de viande. On reprend notre route vers les lacs de la rift valley, étape de ce soir avant d’atteindre Addis Abeba. On découvre petit à petit les paysages éthiopiens et les éthiopiens. On traverse sur des centaines de kilomètres des terres très vertes situés à environ 2000 mètres d’altitude. Tous les éthiopiens nous demandent de nous arrêter, demandent à boire, à manger, certains d’entre eux, âgés, ne font que saluer, d’autres plus jeunes, nous jettes des trucs sur la voiture. Tant que ce ne sont pas des pierres, sur les vitres, pas de dégat. Il y a du monde partout, impossible de s’arrêter pour être tranquille. Les gens se mettent au milieu de la route, et ne partent qu’au dernier moment, comme s’il ne savait pas qu’il y avait des voitures sur la route. Les animaux font exactement pareil, comme leurs éleveurs, mais eux sont excusés…. D’ailleurs il y a étrangement peu de voiture sur ces routes plutôt bonnes. Au Kenya ou en Tanzanie, c’est un défilé de 4x4 permanent, ici, quelques camions qui transportent des marchandises, 4 ou 5 4x4 d’administration, mais sinon, rien… Les gens sont assez différent, les traits de visages s’affinent, les femmes sont assez belle, travaillent comme des acharnées pour la corvée du bois, de l’eau ou du bébé… Pendant que les hommes armées de mitraillettes surveillent de loin leur bétails à l’ombre. On s’arrête devant un petit bouiboui qui vend du pain. Je descend acheter un gros sac de pain pour 3 birrs (0,3 cent), déjà quinze personnes me dévisage et bouchent la sortie du magasin. J’arrive à la voiture, c’est l’émeute. Ils grimpent à l’arrière, scrutent dedans, essaye d’ouvrir les portes que Bertrand avait bien fermé. Je grimpe rapidement dans la voiture, et Bertrand accélère. Ils tapent sur le def !!!... Combien de temps on va supporter ce pays, je ne sais pas trop. Heureusement, tout est a peu près bon marché, surtout la nourriture, et ça, ça aide énormément à passer la pilule. On arrive finalement près du Lac Lagano après une longue journée de route. Impossible d’envisager de poser le bivouac dans la nature, on rentre dans l’enceinte d’un Lodge, et on pose la voiture devant la plage. Le lac est marronnasse, pas très sexy, mais c’est le seul sans bilharziose, mais le décor de montagne autour est superbe. Plusieurs 4x4 d’éthiopiens sont aussi sur la plage, ils ont installé dehors des grosses enceintes, et se font une maxi séance photos + vidéos. Un fois que tout est dans la boite, tout le monde s’en va et on se retrouve presque tout seul devant le lac pour la soirée.

Lundi 25 septembre, 28958 Kms
Même avec son eau marron, le lac Langano prend de jolis airs le matin au lever du soleil. Nous sommes bien seul au camping au réveil. Seul quelques oiseaux au long becs, que l’on avait encore jamais vus, viennent causer au petit-dej. Je tente la douche du camping, mais comme il fallait s’y attendre, c’est un peu sport. Et l’eau est collante, comme quand on a du savon dans les mains avant de se les rincer. Alors si c’est ça, mois je préfère ne pas prendre de douche que de prendre des douches salissantes !
Nous sommes à 250 kms de la capitale Addis Abeba. Certains éthiopiens squattent le bord de la route en faisant des gestes d’oiseaux prêts à décoller. C’est en fait un signe pour qu’on les repère de loin, et qu’on les emmène avec nous dans la voiture jusqu’Addis. J’ai le malheur d’en imiter un, il le prend mal et nous jette un petit caillou. Quand on passe à 90 km/h ça peut faire mal sur un pare-brise…Heureusement pour nous, il vise mal. On savait que les locaux ont ici une tendance à la lapidation des étrangers quand ils ne sont pas contents, on va surveiller ça. Toujours saluer, ça décrispe un peu…
L’approche d’Addis est, comme il fallait s’y attendre, un vrai bordel. Les voitures, les camions et les animaux se croisent dans tous les sens dans un mélange de poussière et de fumées de moteur. Nous sommes pare-chocs contre pare-chocs déjà à plus de 10 kms de la capitale. C’est à la fois fatiguant et excitant que de se sortir de ce marasme. Y en a qui n’aime pas du tout, c’est le Def. Les marche/arrêts font souffrir l’embrayage, et à 2400 mètres d’altitude, la titine manque un peu d’air.
La ville est grande, plus de 5 millions d’habitants, et la pauvreté est partout. Presque à tous les feux, c’est la cour des miracles : mendiants aveugles, infirmes, gamins…Nous cherchons l’office de tourisme pour récupérer une carte de l’Ethiopie, puisque nous venons de nous rendre compte que nous avons oublié à Lille notre carte du Nord-Est africain. Mais pas de vraie carte à l’office du tourisme, normal…Nous allons ensuite à l’ambassade d’Arabie Saoudite pour attraper le visa, il paraît que ce n’est pas évident de faire les démarches à Khartoum au Soudan, nous tentons donc notre chance ici. Pas de chance le service des visas vient de fermer. Nous reviendrons demain, à 04h comme le garde nous l’indique. Il faut comprendre 10h. Il y a 6h de moins ici, mais différent du décalage dû aux fuseaux horaires. Ils ont un autre système. A noter aussi qu’ici on copte 13 mois, 12 de 30 jours, un de 5 jours et 6 jours les années bissextiles. Ils ont aujourd’hui 7 ans et huit mois de retard sur notre calendrier.
Ambassade d’Arabie Saoudite, échec. Nous nous dirigeons alors vers l’ambassade de France, en espérant avoir plus de succès. Elle est excentrée du quartier des ambassades, en haut d’une petite colline au Nord de la ville, sur un terrain immense. Décidément on se demande encore à quoi servent toutes ces dépenses…Nous signalons notre présence à l’ambassade, prenons quelques infos sur le pays et…squattons le parking d’en face. Voilà un camping gratuit et safe. J’essaie en vain de mettre le Def dans l’enceinte de l’ambassade, mais on m’explique qu’il faut demander des autorisations, faire des papiers…Bref, on restera devant. En plus les gardiens sont très vigilants et viennent nous voir pour vérifier que tout va bien et nous dire qu’ils veilleront sur nous. En attendant nous partons nous saoûler dans un bar à Tej, la boisson locale à base de bière et de miel. Puis nous dînons, pour 2€ nous commandons 500g de viande, une injera, et 2 bières. Les locaux rient de nous voir mal supporter les épices.
En rentrant Alex se fait réparer sa chaussure (cassée par un méchant coup de kick) par un cireur de pompe et nous faisons quelques courses dans la rue. Nous nous préparons pour notre nuit qui sera bercée par le bruit des voitures. La France est à moins de 10 mètres mais nous dormirons en Ethiopie.

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